fin - cadre - curiosité - apesanteur - combat - inconnu - distance - souffle - émotions - avant - passion - debout - ébranlement - destin - ennui - cycle (bissextile) - mélancolie - oui - confiance - recto verso - projet

vendredi 7 octobre

fin

«Tout a un début, une existence, une fin» rappela un jour le designer Philippe Starck. Aussi, une recherche débutée mérite d'être finie, une démarche initiée vaut le coup d'être terminée. Pur principe du vivant, d'autant qu'avec un «âne qui brait sans fin, pluie le lendemain», prédit un proverbe français.

 

Accepter de poser le mot fin, c'est reconnaître à la fois le résultat et le chemin parcouru. Oser célébrer, dire merci et partager la fierté. Car «l’ingratitude attire les reproches, comme la reconnaissance attire de nouveaux bienfaits», écrivait déjà Madame de Sévigné dans ses lettres (*). Reconnaître la fin, c’est également éviter le gâchis. Celui qui consiste à arrêter trop vite, à être sûr trop tôt, à évacuer trop rapidement l’existant pour passer à autre chose. De fait, envisager la ‘fin’, c’est laisser un temps de suspension, où s’intègrent les fruits de ce qui vient de finir. Et où se préparent, dans le même temps, les prochains fruits qui pointent. Un peu comme dans la chorégraphie ‘Sous apparence’, de Marie-Agnès Gillot (**), qui pourrait se lire comme une danse en va-et-vient entre l’avant et l’après.

 

«Ce que nous appelons commencement est souvent la fin. La fin, c’est l’endroit d’où nous partons», déclara un jour le poète Thomas Stearn Eliot (***). Grand risque que ce vide pourtant fertile, dans une époque tellement zappeuse qu’elle en perd le temps des créations humaines. Au lieu de cela, ralentir, prêter attention jusque dans ses derniers retranchements, malgré l’expéditive envie de tourner la page. Un peu comme dans la chorégraphie ‘push comes to shove’ avec le magnifique danseur Mikhail Baryshnikov (****). Et si le chemin en cours n’était pas encore complètement terminé ?... Et si je pouvais continuer encore un peu ?... Et si nous n’avions rien à perdre, à poursuivre quelques pas de plus ?... Qui sait si une dernière petite touche ne chercherait pas à venir... Et puis une autre, minuscule, comme un point sur une toile... «C’est le commencement qui est le pire, puis le milieu puis la fin ; à la fin, c’est la fin qui est le pire» écrit Samuel Beckett. ‘Pire’, par la tension que je choisis pourtant de vivre pleinement, entre l'évidence de terminer, et l'émergence d'un recommencement.

 

Aussi, à bientôt, autrement. Merci pour l’énergie que j’ai trouvée à vous sentir me lire. Nul besoin de comprendre, simplement laisser faire.

 

 

(*) Madame de Sévigné est une célèbre épistolière française du 17ème siècle, dont les ‘lettres’ sont comme une gazette de la société de son époque.

 

(**) Produite en 2012, ‘Sous apparence’ est une chorégraphie créée par Marie-Agnès Gilot, magnifique danseuse étoile contemporaine, qui se présente comme une danse en forme de langage de pointes.

 

(***) Thomas Stearns Eliot est un poète, dramaturge et critique littéraire américain, naturalisé britannique, qui reçut le prix Nobel de littérature en 1948.

 

(****) Créée en 1976 par Twyla Tharp pour le grand Mikhail Baryshnikov, deux ans après le passage à l’ouest de ce dernier, la chorégraphie ‘push comes to shove’ est aujourd’hui reconnue comme un des plus beaux exemples de ‘crossover ballet’, soit un mélange de danse entre deux styles, en l’occurrence ici : danse classique et contemporaine.

mardi 27 septembre

cadre

"Le cerveau ne détermine pas la pensée, comme le cadre ne détermine pas le tableau', écrivait Henri Bergson (*). Dotés d'intelligences multiples, aptes à capter des pensées d'où qu'elles viennent, pourquoi concentrer nos horloges sur le cadre, plutôt que d'avancer  à peindre ?... Au point parfois cornélien de passer notre temps à créer un cadre pour en sortir, ou à concevoir un process pour savoir comment s'en éloigner... S’il n’était folâtre, le joueur d’échec en deviendrait fou.

 

Quelle est donc cette peur qui détourne ainsi notre regard, au lieu de pousser plus loin nos représentations habituelles ? Peut-être s'agit-il de l'engourdissement que certains appellent routine, tel qu'autrement décrit par Virginia Woolf : "Inflexible, le squelette de l’habitude seul maintient le cadre humain" (**)…

 

Libre à nous, pourtant, de jouer avec nos cadres, comme dans la chorégraphie 'Mue', de Clémence Coconnier (***), où le corps en mouvement explore l’espace restreint par le cadran de sa vidéo, à l’aide parfois d’un trapèze. Cette danse semblerait presque donner vie aux propos du baryton José Van Dam : "Le rôle d’un metteur en scène doit être d’insuffler des idées neuves au cadre classique que l’ouvrage propose, et non de faire exploser ce cadre" (****). Autre façon de focaliser l’énergie sur l’exploration, plutôt que sur la pertinence de la trousse à outils.

 

Alors, pour cette rentrée, plutôt que parler cadre, si nous abordions la page blanche ?... Histoire de changer de perspective, comme nous y invite la chorégraphie ‘point de vue’ de Manuel Chabanis (*****)…


 

(*) Henri Bergson, illustre philosophe, dans ‘l’énergie spirituelle’ paru en 1919. Charles Péguy disait de lui : «Il est celui qui a réintroduit la vie spirituelle dans le monde».

 

(**) Dans ‘Mrs. Dalloway’ que Virginia Woolf, écrivaine et féministe britannique, publia en 1925.

 

(***) ‘Mue’ est une chorégraphie et réalisation vidéo de 2011 créée par Clémence Coconnier.

 

(****) Interview de José Van Dam parue dans ‘Le Figaro et vous’ en février 2015.

 

(*****) ‘Point de vue’ est une chorégraphie de 2013 créée par Manuel Chabanis, qui collabore régulièrement avec d’autres disciplines pour interroger la place du corps et du mouvement.

samedi 10 septembre

curiosité

Chercher l'ailleurs est une curiosité de l'esprit. C'est qu'il doit subsister en nous "toujours un petit peu de curiosité de réserve pour le côté du derrière" note Louis-Ferdinand Céline (*). Ou bien, la lassitude du présent nous pousse irrésistiblement ailleurs. "Les hommes regrettent toujours, ou espèrent. L'un et l'autre permettent de supporter le moment présent comme une transition. Il faut reconnaître que son pavillon de banlieue était bien", fait dire René Barjavel au Prince blessé (**). Solitude éprouvée dans l'instant qui passe, au point de rêver de le quitter, sur les pas de Sylvie Guilhem dans la chorégraphie 'Bye' de Mats Ek (***).

 

L'ailleurs se trouve autant dans la découverte, que dans les curiosités en chemin. A l'image de ce qu'en raconte le 'Mystère Babilée', documentaire sur le danseur Jean Babilée, qui revient sur la création de l'ingénieuse chorégraphie de Roland Petit, 'Le jeune homme et la mort' (****). Le principe de curiosité nous rappelle de cultiver l'inconnu à tous les coins de rue, sans autre état d'âme que celui d'y trouver peut-être quelque chose. Car "la curiosité est un instinct qui mène à tout : parfois à écouter aux portes, parfois à découvrir l'Amérique" déclara un jour José Maria Eça de Queiros (*****).


 

(*) Louis-Ferdinand Céline dans 'Voyage au bout de la nuit', publié en 1932. Et encore : "On se dit qu’il ne vous apprendra plus rien le derrière, qu’on a plus une minute à perdre à son sujet, et puis on recommence encore une fois cependant rien que pour en avoir le cœur net qu’il est bien vide et on apprend tout de même quelque chose de neuf à son égard et ça suffit pour vous remettre en train d’optimisme".

 

(**) 'Le Prince blessé et autres nouvelles' est un recueil de contes, textes poétiques et nouvelles publié en 1974 par René Barjavel.

 

(***) Dans la chorégraphie 'Bye', spécialement écrite pour la géniale danseuse Sylvie Guilhem, le non moins génial chorégraphe Mats Ek traite de la solitude avec beaucoup de rythme et d'émotions. Sur la sonate pour piano n°32 opus 111 de Beethoven, il expose le passage d'un état vers un autre, moment de décalage où l'on cherche encore sa place. A noter que cette sonate est la dernière de Beethoven, qui fit dire au grand pianiste Wilhelm Kempff, en 1965 : "Beethoven interprète ici (...) le passage du sombre ut mineur au lumineux ut majeur comme un dernier pas qui mène de ce monde-ci dans l'au-delà. Le changement s'accomplit en cinq variations, qui équivalent chacune à un pas de plus dans ces régions que nous ne pouvons que soupçonner. Puis (...) nous comprenons que Beethoven, dont l'oreille ne percevait plus aucun son terrestre, a été élu pour nous “faire entendre l'inouï”."

 

(****) Dans 'Le mystère Babilée', Franck Bernard consacre un portrait fouillé au remarquable danseur Jean Babilée. L'extrait évoque 'Le jeune homme et la mort', chorégraphie de Roland Petit sur un livret écrit par Jean Cocteau, autour du suicide d'un jeune peintre après que son amante l'a quitté. Jean Cocteau mentionne : "C'est une pièce muette où je m'efforce de communiquer aux gestes le relief des mots et des cris. C'est la parole traduite dans le langage corporel (...), [qui use] des mêmes vocables que la peinture, la sculpture et la musique'.

 

(*****) José Maria Eça de Queiros est un auteur naturaliste et diplomate portugais du 19ème siècle, parfois surnommé le Zola portugais.

mercredi 24 août

apesanteur

"Ce dont, dans sa diabolique pesanteur, le monde s'évertue à nous dépouiller, c'est de la passion, qui seule glisse au niveau de la Création" énonce Louis Calaferte (*). Créer est-il un acte fait de pesanteur, porté par le besoin d'allègement?....  Certaines sensibilités expriment effectivement la difficulté liée à la création. Ainsi de René Char : "Monter, grimper, mais se hisser?... Oh! Combien c'est difficile. Le coup de rein lumineux, la rasante force qui jaillit de son terrier et, malgré la pesanteur, délivre l'allégresse" (**). A le lire, il en ressort qu'à force de flirter avec la pesanteur, la création libérerait l'âme, lui rendrait soudain une légèreté. Un peu comme dans la chorégraphie 'Dom Svobode' (***), où les danseurs défient les lois de la gravité par un système de cordage les retenant par la taille, à la verticale d'une paroi de falaise. Cette oscillation entre pesanteur et légèreté donne corps aux mouvements de l'âme décrits par Simone Weil : "tous les mouvements naturels de l'âme sont régis par des lois analogues à celles de la pesanteur matérielle. La grâce seule fait exception. Deux forces règnent sur l'univers : lumière et pesanteur" (****). 

 

Créer met bien une forme de gravité en jeu, un peu comme dans la chorégraphie tirée du court-métrage 'The anatomy of gravity' (*****). Car selon Milan Kundera, "la pesanteur, la nécessité et la valeur sont trois notions intrinsèquement liées : n'est grave que ce qui est nécessaire, n'a de valeur que ce qui pèse" (******). De l'incidence de créer depuis cet état où l'acte est emprunt de consistance. Sans en faire pour autant une affaire d'état.

 

 

(*) Dans "Droit de cité" paru en 1992. Louis Calaferte est un écrivain français décédé en 1994. Passionné par la création, il se tint volontairement en marge de ses pairs (qui le lui rendent bien !).

 

(**) Dans "Eloge d'une soupçonnée" paru en 1988. René Char est un poète et résistant français décédé en 1988. 

 

(***) 'Dom Svobode' est une chorégraphie créée en 2000 par Thierry de Mey et Iztok Kovac. Ils y bouleversent les points de repère du spectateur, par les jeux de vide et d'apesanteur qu'ils mettent en avant.

 

(****) Dans "La pesanteur et la grâce" paru en 1947. Bien qu'elle reste largement méconnue, Simone Weil est une philosophe majeure du 20ème siècle, morte prématurément en 1943.

 

(*****) 'The anatomy of gravity' est une forme de clip musical réalisé en 2013 par le cinéaste français Arthur Valverde, sur une musique à la fois pesante et lumineuse, qu'il a également composée. Les mouvements amples et contrastés jouent avec la consistance de l'atmosphère  qui nous entoure.

 

(******) Dans "l'insoutenable légèreté de l'être" paru en 1984. Milan Kundera est un écrivain français contemporain, d'origine tchèque.

samedi 16 juillet

combat

A l'époque, Henri Lacordaire considéra qu'il y avait "trois actes de gouvernement : éclairer, soutenir, combattre. Éclairer les aveugles, soutenir les faibles, combattre les ennemis" (*). Après un 14 juillet profondément endeuillé, l'idée du combat se renforce. Comme si 'L'ombre du ciel' (**) venait assombrir notre dialectique démocratique, parfois sociocratique, dans sa capacité à combattre les idéologies totalitaires, radicales, extrémistes, qui grignotent le biscuit de nos libertés. Aujourd'hui, la violence aveugle de certains fanatismes nous projette brutalement dans de nouveaux inconnus. Qu'il s'agisse d'appréhensions fugaces au moment de prendre l'avion, de l'image féroce qui s'incruste à l'heure du verre de vin en terrasse, à l'instant du concert ou du bal de pompiers, de la tristesse qui étreindra désormais certains feux d'artifices... Ou encore des réfugiés que nous préférerions parfois contempler d'ailleurs. Qu'il semble loin alors, le temps de dire "champagne !!" ou de chanter "Chacun fait fait fait, c'qui lui plaît plaît plaît..." (***).

 

Peu à peu, s'insinue l'idée que les mots seraient insuffisants à protéger notre art de vivre mobile et ouvert sur le monde. Le 'Chant des partisans' (****) revient soudain en scène pour nous porter... Et le principe du combat s'impose lentement, en même temps que la guerre trouve une nouvelle représentation dans nos esprits citoyens. Un peu comme la chorégraphie 'Trois combats' nous donne à réfléchir (*****).

 

Françoise Giroud le dit un jour, en référence aux enjeux féministes : "C'est la nécessité de combattre qui semble oubliée... Ce qui domine semble être la certitude tranquille d'un progrès en marche..." (******). Nous voici pris dans certains pièges de nos idéaux, sommés de trouver la formule qui garderait l'ouverture tout en la protégeant efficacement. S'agissant encore de combat, André Malraux rappela en son temps aux esprits chagrins qu' "il n'y a pas cinquante manières de combattre. Il n'y en a qu'une, c'est d'être vainqueur" (*******). 

 

Alors voilà, dans ce nouvel inconnu où combattre s'affirme peu à peu, que faisons-nous le jour d'après?...

 

 

(*) Dans 'Pensées choisies du R.P. Henri Lacordaire'. Ce dernier est un religieux, journaliste et homme politique français qui, au 19ème siècle, marque l'origine du catholicisme social.

 

(**) Référence à 'L'ombre du ciel', chorégraphie créée en 1994 par Catherine Divernès, associée au sculpteur anglais d'origine indienne Anish Kapoor. Cette danse exprime le déchaînement tellurique, en lien avec les bouleversements de la guerre d'alors, celle de Yougoslavie.

 

(***) "Chacun fait fait fait, c'qui lui plaît plaît plaît..." est une chanson du duo Chagrin d'Amour, parfois considérée comme le premier titre de rap français. Sortie en 1981, la chanson connut immédiatement un grand succès. 

 

(****) Le 'Chant des partisans', ou 'Chant de la libération' était l'hymne de la résistance française pendant l'occupation nazie de la deuxième guerre mondiale. Avec au quatrième couplet : "Ici chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe / Ami, si tu tombes un ami sort de l'ombre à ta place / Demain du sang noir séchera au grand soleil sur les routes / Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute...". 

 

(*****) 'Trois combats' est une chorégraphie de Charles Picq qui, en 2001, revisite le mythe d'Ariane, et son fil conducteur.

 

(******) Propos de Françoise Giroud repris dans 'Le silence des filles' publié par Colette Cosnier en 2001. Françoise Giroud, célèbre journaliste féministe, fondatrice de l'Express avec Jean-Jacques Servan-Schreber, rappelait alors combien rien n'est jamais acquis, à commencer par la liberté de disposer de soi. Dans le tome 3 du 'Journal d'une parisienne', 'Gais-Zet-contents', que Françoise Giroud publie en 1996, elle ajoute : "Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : "C'est lui? Vous croyez?"... Et puis un jour on le prend dans la gueule, et il est trop tard pour l'expulser".

 

(*******) Dans 'L'espoir', qu'André Malraux publie en 1937, et qui relate les événements de la guerre d'Espagne.

dimanche 3 juillet

inconnu

"Nous n'en savons pas encore assez sur l'inconnu pour savoir que c'est de l'inconnaissable" fait dire Chesterton à William Blake, dans une biographie éponyme (*). Voici réhabilité le goût de se jouer d'une page blanche. La vraie, celle sans ligne, où le crayon pourrait (enfin) se perdre. Encore mieux que de jouer à chat, ou pire de lui laisser sa langue.

 

Car "comment vivre sans inconnu devant soi ?...", interrogeait déjà René Char (**). A rechercher ce fameux inconnu, parfois même le traverser, nos journées prennent le pas d'une page à écrire plutôt qu'à regarder filer. Un peu comme si nous faisions nôtre cette danse de Sylvie Guilhem dans la chorégraphie de William Forsythe : "in the middle somewhat elevated" (***). Danseuse étoile flirtant avec les plus modernes, elle semble donner vie à cet autre vers de René Char : "Enfonce-toi dans l'inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer" (****).

 

Par l'étrangeté des temps qui courent, l'inconnu deviendrait presque de bon ton. De quoi remettre le 'bizarre bizarre' au goût du jour. Un peu comme si la série 'tales of the unexpected' se jouait cette fois pour de bon (*****). Alors, dansons !

 

 

(*) Gilbert Keith Chersterton est l'un des plus grands écrivains britanniques du 20ème siècle. Au fil d'une œuvre très variée, il s'est souvent vu nommer le 'prince du paradoxe', pour sa capacité à utiliser des lieux communs et les détourner de leur sens. 'William Blake', biographie parue en 1909, est consacrée au peintre et poète britannique pré-romantique, dont le style était plutôt moderne pour l'époque, bien que sur des thèmes classiques.

 

(**) Dans 'fureur et mystère', recueil de poésies que René Char publie en 1948. La densité de vivre ne suffit pas à faire le poète. "Certes, il faut écrire des poèmes, tracer avec de l’encre silencieuse la fureur et les sanglots de notre humeur mortelle, mais tout ne doit pas se borner là. Ce serait dérisoirement insuffisant", confie René Char à un ami, en 1941. Son talent vient de parvenir à toucher une forme de mystère, avec cette dimension qui nous dépasse, autant que les tournures du poète, parfois. Yves Berger, dans une de ses préfaces, nous prépare à René Char : "Pourquoi le cacher ? Ce n'est pas une poésie facile. Ses difficultés sont à proportion, en nous, des vieilles habitudes de voir et de leur résistance [...]. Il faut le lire et le relire pour, peu à peu, sentir en soi la débâcle des vieilles digues, de l'imagination paresseuse... Poésie qui se gagne, comme la terre promise". 

 

(***) 'In the middle somewhat elevated' est considéré comme un ballet décisif de William Forsythe, de ceux qui font dire qu'il y a un avant et un après (1987, sa date de création). A l'époque, c'est presque un ovni, avec des corps qui entrent sur scène comme bon leur semble, initient des ébauches de mouvement, avant de paraître changer d’avis et déserter l’espace. L'extrait ci-joint est un des rares moments où une dynamique continue de danse semble soudain contenir et donner sens aux tensions antérieures. Sylvie Guilhem, immense danseuse étoile ayant pris sa retraite en 2015, y tient le rôle phare. Le ballet fut à l'époque créé pour elle.

 

(****) Extrait des 'Feuillets d'Hypnos' que René Char publie en 1946, après les avoir écrits pendant ses années de résistance, entre 1943 et 1944.

 

(*****) 'Tales of the Unexpected' est une série américaine des années 1970, faite de courtes histoires à suspens. Le nom français de la série était 'voyage dans l'inconnu'.

lundi 20 juin

distance

"Toute création est un jeu, c'est-à-dire une mise à distance du réel pour ne pas constamment le subir, dans une minutie qui peut sembler folle à qui n'y entre pas", rappelle Ariane Dreyfus (*). Est-ce une forme de brutalité de la réalité, qui conduit le créateur à transformer ce choc en autre chose, plutôt que d'être anéanti ?... Au risque d'une poésie parfois en décalage avec la réalité ?... C'est un peu ce que semble exprimer la chorégraphie 'Kiss & Cry' de Michèle-Anne de Mey et Jaco Van Dormael (**). 

 

Perdu dans son imaginaire, le créateur paraît isolé. Et pourtant... "De toutes les îles enchantées, le Pays Imaginaire est le plus douillet, le plus compact, pas du tout étalé et démesuré avec des distances interminables entre une aventure et une autre, mais, au contraire, agréablement concentré" ajoute Peter Pan (***).

 

Créer est une mue. Elle révolutionne celui qui s'y soumet, bien qu'il souffre régulièrement pour délivrer sa pensée. Laisser enfin sortir, offre une mise à distance. Avant cela, les raisons d'être se juxtaposent et se confrontent, pour que la profondeur émerge en une création recevable par d'autres. Un peu comme le montre la chorégraphie de Michael Cassan sur 'Depth over distance', titre de Ben Howard (****).

 

Créer rapproche aussi, exigeant de coller à ses chocs perceptifs, pour y trouver plus de justesse dans l'expression. Comme un écho à cette proximité, les mots de Louise Ackerman résonnent : "Il est de certains points culminants de notre vie comme des hautes montagnes : quelle que soit la distance qui nous en sépare, ils nous paraissent toujours proches" (*****).

 

Ainsi naît le va-et-vient entre la perception, et la création qui ensuite en résulte.

 

 

(*) Dans 'La lampe allumée si souvent dans l'ombre', publié en 2013. A travers cet ouvrage, Ariane Dreyfus se laisse prendre la main par plusieurs auteurs qu'elle aime, autour du thème de la création. 

 

(**) Créé en 2011, 'Kiss & Cry' est un spectacle belge très singulier, qui mélange cinéma, danse, texte, théâtre et bricolages divers. Les mains y mènent la danse, dans toute leur sensualité et leur nudité.

 

(***) Personnage bien connu, créé par l'auteur écossais James Matthew Barrie en 1911.

 

(****) Jeune auteur-compositeur-interprète britannique né en 1987 et rapidement remarqué. 'Depth over distance' fait partie du sigle 'Keep your head up' sorti en 2011.

 

(*****) Dans 'Pensées d'une solitaire'. Louise Ackermann est une poétesse française du 19ème siècle, connue pour son amour de l'étude et de la solitude, avec une pensée à la fois humaniste et pessimiste.

dimanche 5 juin

souffle

Pour Julien Gracq : "Le rassurant de l'équilibre, c'est que rien ne bouge. Le vrai de l'équilibre, c'est qu'il suffit d'un souffle pour tout faire bouger" (*). Nous voilà tenus à une forme d'agilité, face à l'imprévisible d'un équilibre en permanent déséquilibre. Remis dans les mains d'un destin, il nous appartient de danser avec. Un peu comme dans la chorégraphie "panorama", de Philippe Decouflé (**), où l'interprète semble constamment rebondir sur les éléments qu'il traverse. Qui sait pourtant si, dans ces éternels rebonds, nous cessons un jour d'être nous-mêmes ?... Anne Hébert a une jolie formule : "Est-ce que cela ne vous semble pas bizarre de ne pouvoir être autre chose que soi, jusqu'à son dernier souffle, et même au-delà, dit-on..." (***). L'inventif avance sur les chemins les moins fréquentés, avec un souffle dont l'équilibre se cherche, en même temps que le déséquilibre révèle. Un peu comme dans l'oeuvre vocale "Atlas : opéra en trois actes" de Meredith Monk (****), qui raconte l'histoire d'un voyage autant que d'une exploration vers soi.

 

Quel est donc ce souffle de vie, dont les rythmes et méandres, inspires et bourrasques, guident notre action ?... Dans le doute, me viennent ces quelques lignes de Michel Tournier : "Dieu ayant créé le monde ne s'en est pas retiré, mais continue à le maintenir à l'être par son souffle créateur, faute de quoi dans la seconde même, toutes les choses retourneraient au néant" (*****). Que croire ?... 

 

 

(*) Dans 'Le Rivage des Syrtes' que Julien Gracq, grand auteur français décédé en 2007 publia en 1951.

 

(**) Philippe Decouflé est un chorégraphe français de danse contemporaine, rendu célèbre par sa mise en scène des cérémonies d'ouverture et de fermeture des jeux olympiques d'Alberville en 1992. Ses spectacles, très créatifs, mélangent souvent plusieurs disciplines : chorégraphie, lumière, vidéo, costumes. 'Panorama', spectacle créé en 2012, retrace l'histoire de sa compagnie.

 

(***) Dans 'Les chambres de bois', roman paru en 1960. Anne Hébert est une écrivain, poétesse et scénariste canadienne décédée en 2000.

 

(****) Meredith Monk est une chorégraphe américaine contemporaine au style inclassable, tant elle mélange de disciplines, avec une place centrale donnée aux innovations vocales. Elle est considérée comme l'une des chorégraphes les plus originales des Etats-Unis. L’œuvre musicale 'Atlas', jouée pour la première fois en 1991, est l'une de ses créations phares, construite comme un opéra en trois actes qui retrace l'expérience d'Alexandra David-Néel, première femme française à avoir exploré le Tibet au début du 20ème siècle, dans une voyage en forme de quête spirituelle.

 

(*****) Dans 'Les météores' que Michel Tournier, décédé début 2016, publia en 1975.

mardi 24 mai

émotions

"Au commencement était l'émotion" déclara un jour Céline (*). Du latin movere, les émotions nous mettent en mouvement. Au cœur de nos décisions, perceptions et apprentissages, elles justifient nos choix intérieurs, encouragent une action en forme d'attraction céleste, comme une danse de Rudolf Noureev (**). Mettant ce mouvement en avant, George Sand nota d'ailleurs que "l'homme qui a un peu usé ses émotions est plus pressé de plaire que d'aimer" (***). Au gré des évènements, de nos passions et recherches, les émotions chahutent et se bousculent, menant régulièrement vers un développement intérieur. Un peu comme une 'leçon de ténèbres', dansée par Maïa Plissetskaïa (****). Un temps joyeux, désagréable parfois, assurément vivant, ce moteur permet pourtant d'avancer, se dépasser, affronter l'inconnu jusqu'à trouver. "Toutes les grandes découvertes sont faites par ceux qui laissent leurs émotions devancer leurs idées", déclara aussi Charles-Henry Parkhurst (*****). Alors, les émotions à bras le corps, inventifs de tout crin, avançons encore et faisons avec... puis-qu’ainsi va le chemin.

 

 

(*) Propos tirés d'enregistrements datant de 1958, intitulés 'Louis-Ferdinand Céline vous parle', au cours desquels l'écrivain déclare : "Dans les écritures, il est écrit : "au commencement était le Verbe". Non ! Au commencement était l'émotion. Le Verbe est venu ensuite pour remplacer l'émotion, comme le trot remplace le galop. Alors que la loi naturelle du cheval est le galop, on lui fait avoir le trot. On a sorti l'homme de la poésie émotive pour le faire entrer dans la dialectique, c'est-à-dire le bafouillage, n'est-ce-pas ?"... Entendre ici un extrait.

 

(**) Immense danseur russe, qui choisit l'exil pour vivre pleinement son art, libre. 'L'attraction céleste' résume son parcours rebelle, toujours engagé, proche des étoiles.

 

(***) Dans son roman 'Indiana', paru en 1832, qui met en scène une jeune créole, issue d'une famille noble, ayant épousé pour son malheur un officier en retraite, âgé et brutal.

 

(****) Maïa Plissetskaïa fut une très grande étoile russe, ayant profondément marqué la danse du 20ème siècle. Elle fut l'une des rares consacrée 'Prima Ballerina Assoluta', distinction suprême que le Bolchoï n'a attribuée que deux fois dans l'histoire, pour des ballerines douées de talents hors du commun. 'Leçon de ténèbres' est une danse à l'état pur, datant de 1985, sur la voix du haut-contre Alfred Deller.

 

(*****) Charles-Henry Parkhurst est un pasteur et réformateur américain du 19ème siècle, ayant beaucoup lutté contre la corruption.

mercredi 11 mai

avant

Léon Tolstoï résume merveilleusement bien l'intensité du basculement : "C'était la lumière avant, maintenant ce sont les ténèbres. J'étais ici, et maintenant où vais-je ? Où ?" (*). Inventer, c'est aller de l'avant, fidèle à sa recherche. Et en chemin, faire avec le noir autant qu'avec la lumière, guidé par l'intuition d'être sur la (bonne) voie. Un peu comme dans la chorégraphie 'Nuit' (**).

 

Choisit-on vraiment son inclinaison ?... Jérôme-Arnaud Wagner rappelle que "Nul ne sait si le destin existe. Nul ne sait si l'ont doit forcément faire certaines rencontres déterminantes dans une vie, qui sont peut-être pré-déterminées avant même notre naissance." (***). Nul ne sait, d'ailleurs, où il en est de sa recherche, où il en est de trouver... D'aucuns trouvent néanmoins la force et l'envie de poursuivre le test et l'expérimentation, un peu comme dans la chorégraphie 'Variation VII' de John Cage (****).

 

Pour autant, le doute enrobant 'l'avant trouvaille' mérite-t-il qu'on s'y arrête ?... Ou bien s'agit-il simplement d'apprendre à 'faire avec', comme on le suggère parfois dans le secret des familles ?... Générations après générations, inventifs après inventifs, créatifs après créatifs, chacun traverse tôt ou tard, dans l'intimité de sa recherche, ces crises profondes de doute. En parler ou pas, gardons la question en suspens. Car voilà que je tombe sur quelques lignes de Jean-Michel Guenassia : "On ne raconte pas aux enfants ce qui s'est passé avant eux. D'abord, ils sont trop petits pour comprendre, ensuite ils sont trop grands pour écouter, puis ils n'ont plus le temps, après c'est trop tard. C'est le propre de la vie de famille." (*****)

 

Question à suivre...

 

 

(*) Dans 'La mort d'Ivan Ilitch', publié en 1886.

 

(**) 'Nuit' est un spectacle créé en 1995 par Mathilde Monnier, dans le cadre du festival de danse de Montpellier. Le travail de cette chorégraphe contemporaine est d'abord guidé par l'expérience, en cherchant les collaborations avec des personnalités venant de divers champs artistiques.

 

(***) Dans 'N'oublie pas que je t'aime', de Jérôme-Arnaud Wagner, écrivain français contemporain.

 

(****) John Cage est un compositeur et plasticien mort en 1992, qui se servait de toutes sortes de bruits parasites pour en faire des formes de poèmes musicaux. 'Variations VII' est une performance acoustique présentée en 1966, où le compositeur assisté d'ingénieurs et techniciens, mélange en temps réel des sons transmis de la ville, avec des bruits d'ustensiles quotidiens.

 

(*****) Dans 'Le club des incorrigibles optimistes', de Jean-Michel Guenassia, écrivain français contemporain.

lundi 2 mai

passion

François Mauriac écrivit un jour que "l'art de vivre consiste à sacrifier une passion basse à une passion plus haute" (*). Sans doute est-ce un moteur sur le chemin vivant de l'inventif. Car in fine, 'chercher autre chose' conduit souvent à embrasser autrement l'existence, lui porter un regard à la fois distancié et passionné.

 

Étymologiquement, le terme 'passion' désigne la souffrance, l'état de celui qui subit, passif. L'histoire se rappelle l'exemple de la passion du Christ, dont le destin se lie intimement à celui de l'homme, dans le but de l'emmener vers une 'passion plus haute' (pour reprendre les mots de Mauriac). Passion relatée par bien des compositeurs, dont Jean-Sébastien Bach, tel qu'interprété par la compagnie 'Manque pas d'Airs' dans son spectacle 'Et le coq chanta trois fois' (**) (***).

 

De nos jours, une signification moins souffrante, bien qu'aussi exclusive, est donnée au terme passion, pour devenir une inclinaison absolue vers un objet, induisant un état affectif violent et durable. "La passion déteste tout ce qui n'est pas passion" rappelle ainsi Alice Ferney (****).

 

Voilà donc le chemin de vie de l'inventif, parfois chemin de croix, pour embrasser jusqu'à révéler ce qui cherche à venir par son esprit et ses mains. Comme une 'complainte sur la butte' (*****).... A bon entendeur.....

 

 

(*) Dans 'le nœud de vipères', publié en 1932.

 

(**) La compagnie 'Manque Pas d'Airs', avec Alexandra Lacroix à la direction artistique, est née en 2007 d'une rencontre d'artistes soucieux de remettre au goût du jour notre patrimoine lyrique. 'Et le coq chanta trois fois' est le premier volet d'un triptyque autour de l’œuvre de Jean-Sébastien Bach.

 

(***) L'histoire de la passion du Christ, racontée par les évangiles, s'appuie sur notre reniement humain, incarné par Pierre, principal disciple du Christ. "Avant que le coq ait chanté, tu m'auras renié trois fois" dit le Christ à Pierre, la veille de son arrestation, alors que ce dernier l'assure de son total soutien. De fait, dans la nuit, Pierre répondra trois fois non à ceux qui lui demandent : "le connais-tu?". Transposition de toutes les fois où nous disons "non" à notre propre cheminement intérieur... Reniant ainsi l'élan qui nous tenait en vie.

 

(****) Dans 'la conversation amoureuse', ouvrage publié en 2000.

 

(*****) D'après la chanson de Jean Renoir : 'la complainte de la butte', sortie en 1954, ici interprétée par Cora Vaucaire.

lundi 18 avril

debout

Être debout, se mettre debout, rester debout... C'est être levé, éveillé, et encore en état, comme la définition l'indique. "Sept fois à terre, huit fois debout" énonce un proverbe japonais. La Fontaine, avec l'esprit qu'on lui connaît, donne la 'légère puissance' de cette posture d'éveil : "mieux vaut goujat debout qu'empereur enterré" (*). Un peu comme dans la chorégraphie "Étude révolutionnaire" d'Isadora Duncan (**), qui pousse à s'engager. Redressés, debouts, prenons nos avenirs en main, avec l'envie farouche de les écrire autrement. Demain dira comment ajuster notre action au mieux, puisque le futur peut tout se permettre... Avant cela, quitter nos lits parfois (trop) confortables, car nos vies défilent, et tant à faire !.... Même abattus, se relever, comme le chante si bien Renaud avec son dernier titre 'Toujours debout' (***). Car, toute en légèreté, cette citation d'Honoré de Balzac incite à nous relever : "plus on est debout, plus on rit" (****). Alors... debout là-dedans !!

 

 

(*) Dans 'contes et nouvelles', paru en 1879.

 

(**) Dans 'Étude révolutionnaire', créé en 1921, Isadora Duncan s'inspire du contenu social russe en vigueur à l'époque. Cette chorégraphe a profondément renouvelé la danse au 19ème siècle, par sa liberté d'expression, un retour vers l’hellénisme et le culte du corps.

 

(***) 'Toujours debout' est extrait du dernier album de Renaud, en forme de nouvelle résurrection...

 

(****) Dans 'Un début dans la vie', datant de 1844, initialement publié sous forme de feuilleton.

lundi 4 avril

ébranlement

"L'histoire est l'ébranlement de la certitude que représente le sens donné" déclara un jour Vaclav Havel (*). L'ébranlement est le fait de chanceler, de vaciller après un choc. S'agissant de cheminement, l'ébranlement suscite cette profonde remise en question par laquelle nous pouvons sortir de la répétition, générer du mouvement. "J'ai besoin d'aller vers un inconnu qui se trouve en moi" déclarait l'actrice Juliette Binoche à l'occasion du spectacle 'In-I' monté avec le chorégraphe Akram Khan (**). "Is it possible ?" ajoute ce dernier. Répondre à cette question est l'enjeu de leur danse, construite comme un croisement de cultures. Or, le quotidien peut facilement nous endormir dans le confort du cadre, fut-il légitime. Un cri nous sort enfin de la léthargie, un peu comme dans la chorégraphie éponyme de la compagnie Dyptik (***). Ce cri agit comme un déracinement, qui donne par sa violence, la force de se mettre en chemin. Aujourd'hui, laquelle de nos certitudes mériterait d'être ébranlée ?... A cette question, une porte s'ouvre pour l'inventif.

 

 

(*) Dramaturge et essayiste tchèque, Vaclav Havel est devenu Président de la république dans les années 2000, ce qui lui valu d'être souvent qualifié de "président-philosophe". Cette citation est rapportée dans un commentaire autour d'un ouvrage de Bruno Ronfard : 'Vaclav Havel, la patience de la vérité'.

 

(**) 'In-I', chorégraphie créée en 2008 par Juliette Binoche et Akram Khan, a été jouée à Paris, au milieu d'une tournée internationale.

 

(***) Fondée à Saint-Étienne par Souhail Marchine et Mehdi Meghari, Dyptik est une compagnie de danse qui développe un travail autour des valeurs du hip-hop. Son spectacle éponyme créé en 2014 part du déracinement, pour créer la rencontre dans l'effleurement et l'apprivoisement des corps.

mardi 22 mars

destin

"Le destin est une invention après-coup", écrit Jacques Folch-Ribas (*). Est-ce lui qui met l'humain en route, nous rend aux aguets ? Ou bien le hasard, comme les circonstances, tracent un chemin dont nous ferons a posteriori la raison d'une recherche ?... "La destinée ne vient pas du dehors à l'homme, elle sort de l'homme même" énonce aussi Rainer Maria Rilke (**). Ces quelques mots rappellent combien il appartient à chacun d'inventer les ressorts de sa propre vie, de tracer sa route. Un peu comme dans la chorégraphie 'Cendrillon' de Jacques Maillot (***), où l'héroïne, sortie des contes de fées, cherche et teste ses propres ressources au milieu d'une cour à l’esthétique (trop) sophistiquée.

 

"Le destin conduit celui qui consent et tire celui qui résiste" dit aussi Cléanthe (****). Il met ainsi en avant la nécessité de se soumettre, autant que d'avancer avec détermination. Sentir que le destin donne du ressort à la volonté de poursuivre. Croire que le chemin, à la fois sinueux et joyeux, trouve toujours des ressources pour qu'émerge ce qui doit l'être. Un peu comme dans la chorégraphie 'Cendrillon' de Thierry Mandalain (*****), vue sous l'angle de l'accomplissement. Le doute, le rejet, la souffrance s'y dépassent, l'espoir nourrit, pour atteindre enfin la lumière de la révélation. Aujourd'hui, que souhaiter de meilleur à l'inventif ?...

 

 

(*) Écrivain et critique littéraire contemporain québécois.

 

(**) Dans 'Lettres à un jeune poète', ouvrage publié en 1929.

 

(***) La chorégraphie 'Cendrillon' de Jacques Maillot, sur une musique de Prokoviev, a été présentée pour la première fois aux Ballets de Monte-Carlo en 1999, dans le cadre du printemps des arts.  

 

(****) Philosophe grec stoïcien.

 

(*****) Créée en 2013 pour le Kursaal de San Sebastian, jouée la même année à l'Opéra Royal du Château de Versailles, la version de 'Cendrillon' proposée par Thierry Mandalain développe une vision plus personnelle du destin de Cendrillon, comme l'émergence d'une étoile qui danse.

mercredi 9 mars

ennui

"Surtout, ne pas confondre tristesse et ennui" rappela un jour Jules Renard (*). L'ennui, sorte d'abattement, sentiment de lassitude, correspond à une impression plus ou moins profonde de vide et d'inutilité. "Tout me lasse : je remorque avec peine mon ennui avec mes jours, et je vais partout bâillant ma vie", écrivit Chateaubriand (**). Avec l'ennui, la vie défile tels les anciens brouillards des vieux écrans de télévision. Un peu comme dans l'extrait 'Télévision' tiré de la chorégraphie 'L'appartement', de Mats Ek (***). Bonne nouvelle pour l'inventif, cet espace ne manquera pas d'être bientôt comblé. Misons que le cerveau a horreur du vide : surtout, chercher à le remplir !! Avec ce joli proverbe en guise d'avertissement : "les conseils de l'ennui sont les conseils du diable". Pffffff....

 

En attendant cette autre chose qui comble, ou qui du moins occupe, laissons donc filer l'ennui : je m'ennuie, tu t'ennuies, il s'ennuie, nous nous ennuyons... A force de réciter ces gammes, l'âme en peine et le corps tournant en rond, viendra sûrement l'occupation propre à faire reculer le temps du bof-bof. Un peu comme dans la chorégraphie 'Douar', de Kader Attou (****). Jusqu'à la prochaine fois...

 

 

(*) 'Journal, 1893-1898'.

 

(**) 'Mémoires d'Outre-Tombe', T1, 1848.

 

(***) Mats Ek est un chorégraphe suédois qui, dans "L'appartement", création des années 2000 pour le Ballet de Paris, met en scène diverses scènes de nos vies quotidiennes.

 

(****) 'Douar' est une chorégraphie présentée en 2003 au CCN de La Rochelle, mettant en scène l'ennui, l'enfermement et le rêve de liberté.

lundi 29 février

cycle (bissextile)

"Après un échec, tout n'est pas fini. C'est un cycle qui commence en beauté" écrivit un jour Baudelaire (*). Ainsi donc va le cycle, ponctué de recherches qui buttent, échouent, résistent, et contraignent à tourner plus loin dans les tourbillons. Avec l'espoir, pour aller dans le sens de Baudelaire, que l'échec signe l'entrée dans un nouveau cycle. Et que le tourment qu'il engendre parfois, sera une ressource pour isoler soudain une lumière. Un peu comme dans la chorégraphie "Pan", de la compagnie Bissextile (**), où quelque chose claque régulièrement, provoquant autre chose. 

 

Cycle de recherche, cycle de maturation, cycle d'exploration, cycle ponctué de résultats... Cycle de vie, surtout. Avec son lot de pages qui se tournent, et de recommencements. Nos consciences croient y régner en maître. Elles gagnent aussi, dans leur recherche, à s'abandonner à la puissance créatrice dont beaucoup nous échappe. "C'est la vie !", dirait l'autre, car c'est bien elle qui décide de dévoiler ou non la pépite que nous cherchons. Dans son roman 'la chanson des gueux', Naguib Mahfouz écrit : "Seul le cycle de la vie est éternel. Douleur et joie toujours recommencées. Lorsque les feuilles reverdissent, lorsque les fleurs éclosent, lorsque le fruit mûrit, dans la mémoire s'efface le souvenir du froid et de l'hiver" (***). Alors, en attendant que le printemps s'installe, l'espoir nous porte pour que nos cycles en cours conduisent chacun à 'danser sa vie' (****). Et que la récolte soit bonne.

 

 

(*) Citation de Baudelaire souvent reprise, dont je peine à me rappeler d'où elle vient...

 

(**) Bissextile est une compagnie de danse contemporaine créée par Stéphane Fratti. 'Pan' est un spectacle de 2013 faisant parler de la vie du spectacle vivant, et de sa mort annoncée d'un coup de feu. 

 

(***) Naguib Mahfouz est un écrivain contemporain égyptien ayant reçu le prix Nobel de littérature en 1988, pour la place décisive qu'il tient dans l'histoire du roman moderne en Egypte et dans les pays arables. Son roman 'La chanson des gueux' fut publié en 1977.

 

(****) 'Danser sa vie' est le titre d'une exposition organisée en 2011 par le centre George Pompidou, consacrée aux liens des arts vivants et de la danse depuis 1900, qui ont nourri les courants majeurs de l'histoire de l'art moderne et contemporain. La performance de rue 'Danser sa vie' a été réalisée à l'occasion de l'avant-première de cette exposition.

jeudi 18 février

mélancolie

"Philosopher n'est qu'une façon de raisonner la mélancolie" écrit Louise de Vilmorin (*). Car cette mélancolie est souvent l'envers du décor de l'inventif. Pour nous donner du baume au cœur, rappelons que Cicéron voyait déjà en elle "le partage de tous les hommes de génie" (**). Comme si la mélancolie portait l'énergie des grandes quêtes, en même temps qu'elle pousse à rester au lit. 

 

Mélancolie, maladie de ceux qui perçoivent l'inéluctable incomplétude du monde, que leurs recherches voudraient pourtant combler ?... Maladie aussi, de ceux qui contemplent avec envie, l'imbécile heureux ?... 

 

'Melancolia' est le titre que Dürer donna à l'une de ses célèbres gravures (***). Y figurent beaucoup des attributs du géomètre, si proche de rendre le monde intelligible, et pourtant bien loin d'en comprendre l'essence. Car, malgré ses recherches, seul le 'comment' du monde se dévoile à lui, quand le 'pourquoi' résiste inéluctablement. La mélancolie survient alors comme un  baume, pour tromper le temps, et continuer de chercher... Un peu comme dans la chorégraphie 'sous la peau, la nuit', de Danièle Denoyer (****). En somme, c'est presque simple : pour l'inventif, l'enjeu autour de la mélancolie consiste à faire avec !...

 

 

*) Dans 'Juliette'. Louise de Vilmorin est une écrivain du 20ème siècle, très liée notamment à Jean Cocteau. 

 

(**) Dans 'les tusculanes'. Cicéron y reprendrait une idée d'Aristote, exposée dans le 'problème XXX', relatif à l'étude des rapports entre génie et mélancolie.

 

(***) Mélancolia I, gravure longuement commentée, gravure de Dürer très largement commentée.

 

(****) 'Sous la peau, la nuit' est une chorégraphie de 2012, qui figure l'espace dense et profond d'une nuit d'insomnie, où l'imaginaire s'invite pour tromper l'ennui et la mélancolie.

dimanche 7 février

oui

"C'est à partir de toi que j'ai dit oui au monde", écrit Paul Eluard (*). Cette liberté de dire 'oui' signe, en trois lettres, le (re)commencement. 'Oui' marque le début d'une nouvelle aventure, l'aspiration d'un 'tout' à découvrir. Fort d'un passé qui nous a transformé, l'envie revient d'explorer l'inconnu, et avec elle la faim et la soif d'avancer plus loin. Un peu comme dans la chorégraphie 'Eden', de Maguy Marin (**). Dire oui, c'est décider de passer à une nouvelle ère, après l'éventuelle suspension, parfois le décrochage. Jusqu'à la prochaine issue, l'émergence guidera la recherche d'inventivité, d'émancipation et d'espace. 

 

Plutôt que de se vivre comme une querelle avec l'ancien, le 'oui' donné à la découverte s'appuie sur notre passé, envisagé ici comme un jalon pour rendre l'évolution digeste. Un peu comme dans 'Choré', chorégraphie de Jean-Christophe Maillot (***). Tiré par l'avenir, un œil aussi sur le début, notre désir de découverte se trouve alors pris dans un cycle, que ces mots simples de Quintilien peuvent éclairer : "du commencement, on peut augurer la fin" (****).

 

 

(*) Dans 'Le Phénix', recueil de poèmes paru en 1951, Paul Eluard rend hommage à Dominique, sa troisième compagne, à travers le texte 'Dominique aujourd'hui présente'. Grâce à elle, il renaît en effet de ses cendres, après le départ de Gala et la mort prématurée de Nush, ses deux premières muses.

 

(**) D'inspiration biblique, la chorégraphie 'Eden', créée en 1992, met en scène Adam et Eve, au commencement de l'humanité. Cathy Polo et François Cornet se présentent tels deux corps nus, pour une performance où ils s'attirent, s'enroulent et s'attachent l'un à l'autre, en même temps qu'ils découvrent le monde. 

 

(***) Présentée en 2013, 'Choré' a pour toile de fond l'émergence des comédies musicales aux Etats-Unis. Jean-Christophe Maillot, emblématique directeur des ballets de Monte-Carlo depuis plus de 20 ans, se saisit de cette évolution dans la danse, pour questionner les ressorts de la nouveauté, l'inscrire aussi dans l'existant.

 

(****) Pédagogue latin du Ier siècle après JC, Quintilien est l'auteur d'importants principes de rhétorique, en 5 étapes : inventio (l'invention) pour trouver quoi dire, dispositio (la disposition) pour organiser ce que l'on va dire, elocutio (l'élocution) pour choisir la manière de dire, actio (l'action) pour allier la parole au geste, memoria (la mémoire) pour retenir ce qu'on doit dire.

jeudi 28 janvier

confiance

"La confiance en soi est une chose presque sexuelle" écrit Alice Ferney (*). Cet élan animal donne foi dans l’accomplissement de sa recherche, à travers un chemin en forme d’expérimentation. Inch’ Allah traduit cette confiance instinctive, quasi aveugle, dans un ordonnancement à première vue empirique, duquel, soudain, un résultat nouveau se manifeste. Si Dieu le veut, c’est chercher, certes... et s’en remettre aussi à ce qui nous dépasse, pour délivrer en temps opportun, les fruits de cette recherche.

 

"La confiance est une des possibilités divines de l’homme", écrit encore Henry de Montherlant (**). De celle qui nous pousse aux confins de l’exigence d’y croire encore. "Je cherche donc je trouve" est une manière plus terre-à-terre d’exprimer l’évidence que la quête d’inventivité révélera autre chose. "Confiance !", dont l’étymologie tirée du latin cum fide, renvoie à la foi de l’honnête homme. Une forme de foi dans la vie, celle qui choisit le jour, l’heure et les circonstances, pour donner à voir ce qui est pertinent. Cette confiance dans les trouvailles à venir, entretient l’énergie vers une forme presque charnelle de récompense, tant elle est connectée au désir de trouver. Désir directement lié aux possibilités que la mémoire laisse passer, comme dans la chorégraphie 'Mémoire', du centre chorégraphique Chantier (***).

 

Suprenantes parce qu’inattendues, nos trouvailles donnent alors envie, malgré l’effort et parfois l’âpreté du chemin, de reprendre l’épitaphe de Michel Tournier : "je t’ai adorée, tu me l’as rendu au centuple, merci la vie" (****).

 

 

(*) Dans ‘la conversation amoureuse’, paru en 2000.

 

(**) Dans ‘Service inutile’, ouvrage de 1935, paru pour la première fois en 1947. «L’âme dit : service, et l’intelligence complète : inutile» énonce aussi Henry de Montherlant, pour expliquer le titre de cet ouvrage conçu comme un recueil de textes.

 

(***) Le centre chorégraphique Le Chantier, basé à Albi et dirigé par la chorégraphe et danseuse Sophie Poupin, est conçu comme un centre de recherche autour de la liberté du corps. La chorégraphie "#Chantier : mémoire"  date de 2013.

 

(****) Épitaphe écrite par lui, et apposée sur sa tombe.

jeudi 14 janvier

recto verso

D'après une citation de Paul Ouanich, dont le web peine à me dire qui il est : "La meilleure manière de prendre les choses du bon côté, c'est d'attendre qu'elles se retournent". Joli programme pour une rentrée : attendre, tout simplement, que le pile devienne face, et le recto verso. Dans l'intervalle, jouer du côté qui se présente, un peu comme dans la chorégraphie 'Still life' (*)... et puis voilà. 

 

Ah oui vraiment, la citation détend l'esprit. Plutôt qu'une anti-éloge du courage, elle semble prolonger une autre déclaration dont l'origine m'est inconnue : "la vie est tellement ironique... il faut avoir connu la tristesse pour savourer le bonheur, le bruit pour apprécier le silence, et l'absence pour profiter de la présence" (**). Est-ce à dire que la vie, elle aussi, a le sens du contradictoire ?... Au point d'exprimer un chahut, un peu comme dans la chorégraphie 'Zombie Aporia' (***)...

 

Pourtant, s'agissant de vie, comme de contradictions, difficile de dire quelle face est la meilleure. D'un sens ou d'un autre, qu'ils soient recto ou verso, tous les chemins mènent à Rome. Pourvu que le sentier reste inventif.

 

 

(*) Présentée en 2012 à la maison de la danse de Lyon, 'Still life' est une chorégraphie de Fabien Plasson et Qudus Onikeku. Elle explore la force du doute et du questionnement, pour mettre en scène l'ambiguïté de mondes tiraillés aux extrêmes.

 

(**) S'il s'agit de Jean-Claude Duss, merci de me prévenir.

 

(***) 'Zombie Aporia' est une chorégraphie de Daniel Linehan qui, en 2011, tente d'exprimer les mouvements du corps chahutés par des mouvements contraires. Jusqu'à créer des formes hybriques, à l'image du nom donné à son spectacle : zombie, qui signifie mort-vivant, et aporia : une contradiction logique.

vendredi 1er janvier

projet

Et soudain, nous y sommes !!... Fameux 1er janvier, où tout redevient possible, du simple fait que les jours ont tourné. Qui dit 1er, dit nouveau commencement, lequel démarre souvent... par une liste de projets. "Mon projet préféré? C'est le prochain." disait Franck Lloyd Wright (*). Voilà une bonne manière de se projeter dans l'avenir, en osant se visualiser en décembre prochain, et aussi dans 5 ans, voire même dans 10 ans!!... A cette date, qu'est-ce que j'aimerais avoir découvert ?... Qu'est-ce que je serai devenu(e) ?... Quelle structure m'aura rassuré(e) en chemin ?... Ces questions aident à tenir droit, dans une époque qui bouge tant. Pour trouver dans le mouvement la 'légèreté des tempêtes', à la manière d'une chorégraphie de Christian et François Ben Aïm (**).

 

Avec un projet sous le bras, de l'ordre de ceux qui nous motivent vraiment, les aléas restent à leur place d'aléa, même si parfois, bon dieu qu'ça tangue... Car ces 'vrais' projets nous donnent envie d'y croire, au point de nous y voir. Dès lors, 'y'a plus qu'à' nous lancer à cheminer, chercher, renifler, pleins d'espoir pour trouver !... Cette envie, de l'ordre de la motivation intérieure, est celle à laquelle nous invite Antoine de Saint-Exupéry : "Quand tu veux construire un bateau, ne commence pas par ramasser du bois, couper des planches et distribuer du travail, mais réveille au sein des hommes le désir de la mer grande et belle" (***).

 

Puisque l'époque se dit férue d'intelligence collective, que la création et l'inventivité sont souvent invoquées comme des ressources clés pour s'en sortir, je nous souhaite de poser au plus vite le projet qui nous tient à cœur. Celui que je peux faire seul(e), celui pour lequel j'ai besoin des autres. Celui qui me donne faim et soif d'avancer, sans pour autant figer la quête. C'est le moins que nous puissions nous souhaiter. 

 

Forts de cette recherche, bonne année !!.....

 

 

(*) Architecte américain mort en 1959, dont l’œuvre est caractéristique du style dit 'Prairie', qui tient son nom de la relation particulière qu'entretiennent les constructions avec leur environnement naturel.

 

(**) La 'légèreté des tempêtes' se présente comme une danse heurtée, où la musique tient une place prépondérante, avec des musiciens sur scène. Christian et François Ben Aïm y explorent les frontières du désir, qu'ils expriment comme une succession de sensations, résonances, ruptures, urgences, tourbillons et moments de grâce. Fracas et calme coexistent ainsi.

 

(***) Cette citation d'Antoine de Saint-Exupéry (célèbre écrivain, poète et aviateur) est souvent reprise, sans que son origine soit exactement connue. Elle viendrait en fait du roman 'Citadelle', et dans ce cas la citation exacte serait plutôt : "Créer le navire ce n'est point tisser les toiles, forger les clous, lire les astres, mais bien donner le goût de la mer qui est un, et à la lumière duquel il n'est plus rien qui soit contradictoire mais communauté dans l'amour". Voir ici pour plus de détails.