lumière - résistance - vacuité - cahin-caha - musique n°2 - intention - langage - désir - révolution - ...si... - chance - mouvement - oubli - silence - vide - voir - perspective - valeur(s) - équilibre - itérationsss... - portée n°2 - chaos - suspension - signes - pause - croche et tiens - hasards et coïncidences - sur le fil - piano - portée n°1 - musique n°1 - contrepoint

mercredi 23 décembre

lumière

Dans Oscar et la dame en rose (*), Oscar laisse monter une prière : "Demain, Dieu, c'est Noël. J'avais jamais réalisé que c'était ton anniversaire. Fais en sorte que je me réconcilie avec Peggy parce que je ne sais pas si c'est pour ça, mais je suis très triste ce soir et je n'ai pas de courage du tout". Voilà peut-être notre mission, ces prochains jours. Nous mettre en condition de lumière, car les traditions disent qu'avec tout ce qu'elle évoque de bouleversement, de passage, la période de Noël fait aussi les rois. Et d'être roi, finalement, n'est pas donné à tout le monde !!....

 

Faire le vide, trier, calmer, oser dire parfois, réconcilier aussi... laisse de la place pour autre chose. Avec l'espoir que cette période, symboliquement empreinte de transformation, apporte la grâce de l'inattendu, l'intuition de l'inventif. Un peu comme dans la chorégraphie 'métamorphoses', de Frédéric Flamand (**).

 

Tendus vers l'objectif, enfin quelques jours pour lâcher l'affaire. En gardant en tête, chercheurs que nous sommes, cette notion que seul le vocabulaire anglais connait vraiment : the serendipity. Autrement défini : je ne vais pas trouver ce que je suis parti chercher... mais c'est parce que je cherche, que je vais trouver quelque chose. 

 

Youp laa boum !!... Croisons les doigts pour qu'avec tout ce que la période demande, et tout ce que nous cherchons, enfin, oui enfin, nous trouvions quelque chose. Au point de faire lumière, comme l'expose Cédric Villani dans son 'théorème vivant' (***) : "Au fond, je suis dans l'air du temps : pendant que les enfants ouvrent leurs cadeaux de Noël avec excitation, je suspends des exposants aux fonctions comme des boules à des sapins, et j'aligne des factorielles comme autant de bougies renversées". A l'exemple de son sapin inventif, je nous souhaite de retourner les branches en tous sens, et même le sapin sans-dessus-dessous, à la recherche, encore et toujours, de la pièce qui manquerait au puzzle.

Joyeux noël !!!!...

 

 

(*) Magnifique roman d'Eric-Emmanuel Schmitt.

 

(**) Avec les frères Campana, le chorégraphe Frédéric Flamand signe en 2008, pour le Ballet National de Marseille, repris ensuite par le Palais de Chaillot, le spectacle 'métamorphoses', librement inspiré des métamorphoses d'Ovide. Ce poème mythologique latin décrit la naissance et l'histoire du monde gréco-romain, jusqu'à l'empereur Auguste.

 

(***) Cédric Villani est un mathématicien aussi illustre qu'iconoclaste, ayant reçu la prestigieuse médaille Fields en 2010. 'Théorème vivant' est un de ses ouvrages, paru en 2012, dans lequel il raconte plusieurs années de recherche. Parlant du titre de son livre, Cédric Villani déclara : «c'est aussi une façon d'insister sur le caractère vivant des mathématiques. Les mathématiques, pour les gens, c'est mort, immuable depuis des siècles. Or ce n'est pas du tout cela, c'est foisonnant, c'est en perpétuelle évolution».

lundi 14 décembre

résistance

Ces derniers jours, élections obligent, une phrase revient comme un leitmotiv : "il faut TOUT changer !!!!!". Pourquoi pas, et surtout oui oui oui, puisqu'à l'évidence la cruche semble au bord de se fracasser. Mais alors... changer quoi ?... Commencer par quoi ?... Et puis, pour faire quoi ?... Or, dès que la discussion tente de devenir un peu concrète, voilà qu'immédiatement quelque chose se grippe. Un cri revient : "noooooonn!!!!", dans une profusion de couleurs et tonalités. "Pas maintenant", "pas comme ça", et puis "pas ça, car ça marche encore un p'tit peu". Les grandes phrases creuses reviennent, un brin péremptoires... Comme un voile sommaire jeté sur la nécessité de changer... que nous-mêmes venions pourtant d'affirmer !... 

 

Wooh woooh woooooooh, mais qu'est-c'qui s'passe doudou dis-don' (*) ?...

 

Et bien, déjà, certains diront que c'est dur de changer sans savoir où aller. Bah oui, surtout quand 'on' y a déjà cru plusieurs fois, et que.... "ça n'a pas marché" ou que "c'est toujours pareil". Et puis, d'autres ajouteront "qu'y sont pas là pour ça". Bah oui, c'est vrai aussi, et c'est bien pour 'ça' justement, qu'on a mis en place des hiérarchies : dirigeants, managers, politiques.... pour nous dire 'c'qui faut faire', comme ça "y'a p'us qu'à dérouler!!"... 

 

Malheureusement, nous tomberons facilement d'accord au moins sur le constat : tout se passe comme si, à bien des endroits, maintenant, "ça marchait p'us"... Au point d'avancer en 'pesanteur', comme un ballet désaxé (**)...

 

Alors on fait quoi ?... La crise morale qui nous cerne vient nous chercher dans une maturité parfois difficile à assumer, malgré nos stages d'empowerment (***). Accepter que toute vie est entre les mains de celui qui la tient : c'est-à-dire... soi-même. Faute de mieux (Dieu, Freud, Marx etc.), il s'agit désormais d'affirmer et vivre son autonomie à fond les ballons. Quelle autonomie ?... En fait d'égoïste, visons ici 'la vraie', celle qui assume la pleine responsabilité de sa vie, en gardant le lien avec les autres. Personne d'autre que soi, n'a les meilleurs clés pour construire une vie réaliste, concrète, inventive. Dans le même temps, chacun de nos actes a un impact sur ce(ux) qui nous entoure(nt), même si nous ne le voyons pas (tout de suite). Et chaque impulsion engage celui qui la donne, qu'il s'agisse d'élan donné ou repris.

 

Notre environnement meurt d'avoir cru pouvoir tout organiser, prévoir, séquencer. Il meurt aussi de tirer sur la corde, en utilisant trop d'énergie à préserver les acquis. La croyance que "ça va passer tout seul" elle-aussi fait faillite. La crise nous pousse à revenir à une politique d'autant plus humble, que l’âpreté perdure, et que personne n'y comprend plus rien. Avancer un pas après l'autre, tâtonner pour voir, faire en sorte qu'autour de soi, d'autres rejoignent une marche plus subtile...

 

Et pour cela, ENTENDRE, oui, ENTENDRE et ENTENDRE encore, ce que l'autre nous dit... à commencer par celui qui sommeille en chacun de nous !!!.... Donner place à cette résistance que j'affronte, à l'extérieur comme à l'intérieur de moi... Parvenir à entendre, c'est se permettre de repartir de là, de cet endroit qui bloque, pour espérer en faire quelque chose de plus grand.

 

En pratique, la "révolution" d'entendre 'pour de vrai', semble d'autant plus concrète qu'elle commence en chacun de nous. Comment ça se passe quand je "dois" vraiment changer quelque chose dans ma vie ? A quoi suis-je prêt(e) à renoncer dans mon mode de vie ? En quoi la compétition ambiante m'emmène-t-elle vers une forme de complétude ?.... M'arrive-t-il d'accepter que je me suis trompé(e) de route ?... Quel serait alors un mode de vie radicalement différent, et néanmoins pertinent ?...

 

A l'évocation de ces quelques questions, nos propres résistances sont facilement de sortie. Petites voix démoniaques, sans doute nous appartient-il d'apprendre à vivre avec, les dépasser, en faire autre chose, pour conquérir les marches de notre propre liberté. Sans que ce soit une recette miracle, la radicalité du changement attendu nous demande aujourd'hui d'être au clair, chacun personnellement, sur nos ambitions et leur adéquation au 'modèle' qui nous entoure. Intégrer 'pour de vrai' qu'il est périmé, dépassé, épuisé... Accepter que le renouvellement passe d'abord par chacun de nous, qu'il s'agisse de définir notre prochain avenir, les contours de nos postes, la manière de l'exercer, etc...

 

Le principe de réalité nous oblige aussi à constater qu'il existe encore du travail, mais pas toujours dans les secteurs où nous nous sommes formés, parfois pas dans les lieux d'où nous venons, ni dans les conditions que nous avons connues. Puisque l'univers est, jusqu'à preuve du contraire, en expansion, il nous appartient de changer de regard, pour prendre le risque de l'inconnu... même s'il écrase nos croyances et illusions. N'est-ce pas justement la vie d'une 'grande personne', de faire avec la réalité qu'elle traverse ?.... "L'existence est un mouvement perpétuel. Tout change à chaque instant, et la résistance à ce changement ne peut mener qu'au malheur. C'est la confiance en la vie qui permet d'avancer, de rebondir, et finalement d'apprécier ce qui arrive" (****).

 

 

(*) Référence à une publicité culte des années 1980, pour la marque Oasis avec le chanteur Carlos : "mais qu'est-ce tu bois doudou dis-don' ?".

 

(**) 'Le ballet désaxé' est une compagnie française de danse contemporaine. 'Pesanteur' se présente comme une friandise chorégraphique, donnant accès à son travail.

 

(***) L'empowerment est, comme d'autres mots avant lui, à la mode dans bien des entreprises. Traditionnellement entendu comme l'octroi de plus de pouvoir aux individus, il leur permet d'agir plus directement sur les conditions sociales, économiques ou politiques qu'ils subissent (d'après wikipédia). La notion repose donc sur l'autonomie, notion souvent délicate à mettre en œuvre. 

 

(****) Citation de Laurent Gounelle, écrivain, in 'le jour où j'ai appris à vivre'.

lundi 30 novembre

vacuité

"Le bavardage est l'infaillible indice de la vacuité de l'esprit" écrivait déjà Charles Dollfus en 1868 (*). L'époque croit faire face à une puissance de transformation inconnue jusque-là.  De fait, les enjeux sont multiples, complexes, et d'une intensité qui pourrait parfois sembler écrasante. Par exemple, certaines branches d'activité considèrent que, d'ici 5 ans, 2/3 des métiers y seront nouveaux, bien qu'inexistants à ce jour... Comment laisser place à cette nouveauté, malgré notre légitime inquiétude à envisager ce qui risque de bouleverser nos quotidiens ?... 'Voir ce qui n'existe pas encore' repose sur une part d'inventivité, de réflexion, de mystère, d'obsession, parfois de génie, dont chacun peut décider de remplir son existence. Car nous sommes libres de suivre le fil de nos vies comme des hamsters perdus dans leur cage... ou de quitter soudain cette cage.

 

Anticiper ce qui nous est aujourd'hui totalement inconnu, peut sembler une marche trop élevée. Faire simple consiste déjà à lever le nez de temps en temps, plutôt que se laisser constamment aspirer par l'urgence. Et voir ainsi, peut-être, d'autres réponses à ce qui n'en peut plus, invivable ou bientôt inutile !...

 

Osons tourner les pages... C'est bien à nous qu'il revient de sortir de l'enfermement auquel nous consentons, dès que nous remplissons nos journées de choses vaines, plutôt qu'à rechercher le plus vivifiant. Au risque de... Oui, lister toutes ces réunions, activités... dont nous savons déjà, d'un simple point de vue rentable, qu'elles sont plutôt inefficaces... Et puis, les arrêter !... Ou les changer.

 

Stopper le bavardage, l'inutile, la vacuité... confronte, c'est vrai, au risque de supporter l'inquiétude du 'rien', parfois de l'absurde. Un peu comme dans 'Daddy', une chorégraphie décapante de Robin Orlin (***). A propos de vide, Kazukô Okakura, intellectuel japonais, écrivait en 1906 : "Le vide est tout puissant car il embrasse le tout. Ce n'est qu'au sein de la vacuité que tout mouvement devient possible. Celui qui parviendrait à faire de lui-même un espace vide où autrui pourrait librement pénétrer, serait maître de toutes les situations" (**). 

 

Dans cette période aussi charnière que bousculée, je lis cette citation comme un encouragement, un guide, pour continuer de transformer nos vacuités en vides fertiles. C'est bien là que la nouveauté peut émerger, dans cette place que nous consentons à donner, au point de pouvoir sentir intuitivement autre chose. Un peu comme dans la chorégraphie expérimentale 'colonne', de Régine Chopinot (****).

 

 

 

(*) Dans "de la nature humaine : réflexions diverses", 1868. Charles Dollfus est un philosophe, romancier et essayiste français. Fondateur de la Revue moderne, il collabore à l'époque à plusieurs autres revues dont Le temps.

 

(**) Dans "Le livre du thé", 1906. Kazukô Okakura est un érudit japonais, fondateur de l'école des beaux-arts de Tokyo, puis de l'institut des beaux-arts du Japon. Il contribua largement à développer la culture japonaise, au point que, pour les japonais, il est considéré avoir sauvé leur peinture traditionnelle.

 

(***) Le titre intégral de l’œuvre est 'Daddy, I've seen this piece six times and I still don't know why they're hurting eachother'. Elle a donné à Robyn Orlin, chorégraphe sud-africain, une notoriété européenne, à travers un spectacle construit comme un ring au cœur du public. Le temps s'y écoule tel une succession de fiascos aux fondements culturels, ouvrant ensuite sur de nouvelles possibilités. Comme si la vie pouvait, dans ce dépassement, se faire et se défaire.

 

(****) 'Colonne' est une chorégraphie créée en 1997 dans le cadre du festival de poésie contemporaine de Tokyo. Régine Chopinot, chorégraphe contemporaine, construit une danse épurée autour de 'colonne de mot', du poète Shuntarô Tanikawa, dont les premiers vers débutent ainsi : "Jean-sébastien Bach a construit dans le vide un temple de sons, mais moi, j'édifie dans le vide une colonne de mots...".

vendredi 20 novembre

cahin-caha

Ces derniers jours, une phrase revient souvent, confrontés à la violence barbare des attentats : quel est le sens de s'interroger sur des choses aussi futiles que ce qui occupe notre quotidien ?... Comme par exemple, pour moi, ce p............n d'inconnu qui m'occupe d'habitude ?... Voilà qu'il prend une forme nouvelle, largement détestable. Après réflexion, je choisis pourtant de continuer à transmettre ces billets. Car notre liberté repose justement sur cette "légèreté" de réfléchir de tout, penser n'importe quoi, cheminer pour, tâtonner contre, se tromper oui, essayer bof, partir ouille aille, dire oui et puis non non, faire avec et même sans... 

 

Parfois, comme en ce moment, le mouvement se grippe au point d'avancer cahin-caha. Du latin qua hinc, qua hac, par-ci par-là, autant dire tant bien que mal. Pour marcher encore malgré les aspérités, il s'agit d'abord de résister : affirmer les fondamentaux, faire passer le lien avant tout, s'accorder sur l'essentiel. Le cirque cahin-caha nous encourage dans ces mouvements de fond, à travers son spectacle chieNcrU. Après, croire encore que l'inventif reviendra, puisqu'avec la violence barbare, beaucoup semble subitement à recontruire. En attendant, sur un chemin soudain devenu clopin-clopant, je garde 'le fiacre' d'Yvette Guilbert en bandoulière, pour entretenir mon cœur à l'ouvrage. Que cette touche légère contribue à faire sourire, en pensant bien sûr à tous ceux qui ont été si brutalement touchés.

 

 

(*) Cahin-Caha est une compagnie de cirque basée à Marseille, qui revendique un côté "bâtard". Elle mélange en effet une grande diversité d'artistes et métiers, dans un théâtre d'images très physiques, pour construire un nouveau cirque, particulièrement vivant. ChieNcrU est, en 1999, son premier spectacle. Six personnages, marqués par un passé violent, tentent de s'y reconstruire ensemble, pour envisager autrement leur avenir.

 

(**) Yvette Guilbert est une chanteuse emblématique de la fin du 19ème siècle, début 20ème. "Timide à la ville et audacieuse sur scène", comme elle se définissait, ses chansons parfois grivoises sont de savoureux arrêts sur image, en plein boom des cabarets et cafés-théâtre. 'Le fiacre' fait partie de ses musts. Cette chanson est l'occasion de rappeler, si besoin était, ce qu'a de jubilatoire la liberté de vivre selon son bon plaisir !...

lundi 9 novembre

musique n°2

"Les sons doivent être saisis au vol par les ailes, pour qu'ils ne tombent pas dans les oreilles des sourds", écrit Eugène Ioesco dans 'La leçon' (*). Merci donc à Edouard-Léon Scott de Martinville qui, en 1860, réalise le premier enregistrement du son, à l'aide du phonautographe, machine qu'il a lui-même créée. Cherchant à 'écrire' la parole, il vient de la graver. Enregistrée près de 20 ans avant les travaux d'Edison, "au clair de la lune" est la musique parvenue jusqu'à nous. Les recherches de scientifiques américains, First Sounds (**), ont récemment permis de mettre cette invention à jour. Grâce à eux, l'Unesco vient de donner toute sa valeur à la révolution technique qu'apporte à l'époque la découverte d'Edouard-Léon, en faisant entrer le phonautographe au patrimoine immatériel mondial (***). Cette distinction sera officiellement remise au printemps. Congrats. Fierté.

 

 

(*) Dramaturge roumain et français, représentant du théâtre de l'absurde.

 

(**) Voir ici le lien vers le site de First Sounds pour une synthèse des divers enregistrements d'Edouard-Léon Scott de Martinville. Voir également la 'chronique d'une invention', dans les documents pour l'histoire d'une technique.

 

(***) Voir ici l'annonce de la distinction par FirstSounds.

jeudi 29 octobre

intention

L'intention -du latin intendere : tendre vers- est une disposition d'esprit par laquelle nous cherchons à donner un sens, un but à notre cheminement. L'intention mobilise l'intime. Elle nous aide à tendre vers quelque chose qui nous tient droit depuis le cœur, parfois malgré tout. Il nous appartient ensuite d'avancer sans figer la quête, un peu comme si nous étions 'sur le chemin' de la chorégraphie d'Aurélien Alberge (*). Entretenir la flamme, c'est aussi maintenir notre but ouvert et perméable aux autres, aux aléas des rencontres, imprévus, et diverses manifestations du vivant. Souvent, ces impulsions sont plus puissantes qu'il semblerait d'abord. Comme si elles dessinaient entre les lignes un chemin de subtilités le plus souvent inaudibles, à la manière des signaux faibles qui se révèlent derrière la 'mécanique des anges' (**). Tendre l'oreille donne à notre intention la force de ces bruissements. Sensation parfois de grand écart, entre la réalité 'à suivre' et ce qu'en dit une petite voix intime, perdue au cœur de soi... Y'a plus qu'à s'arranger avec, prônent les adeptes du lâcher prise...

 

Parce qu'elle donne une stabilité à nos cerveaux gauches, ardemment désireux de comprendre, l'intention enferme aussi parfois notre recherche. C'est le cas lorsque, figés sur le sens donné à l'exploration, nous freinons l'ouverture l'ouverture et la curiosité. N'oublions pas que l'histoire regorge de créateurs ayant trouvé autre chose que ce qu'ils croyaient chercher. Sans compter également les intentions détournées, qui sous couvert d'une quête, désirent d'abord la gloire... Rien de nouveau sous le soleil d'Icare, comme l'écrivait disait déjà Paul Claudel (***) : "une œuvre qui est écrite dans l'intention d'un public quelconque sera toujours une œuvre manquée".

 

 

(*) 'Sur le chemin' est un solo d'Aurélien Alberge, sur une musique de Rachmaninov, créé en 2014 pour l'ouverture du Grand Théâtre d'Albi.

 

(**) 'La mécanique des anges' est une chorégraphie de Thomas Guerry et Camille Rocailleux, créée en 2009 pour la Maison de la Danse de Lyon. A travers les interrogations, errances et interactions, le spectacle met en avant la manière dont chacun renoue, à travers l'autre, avec ses instincts.

 

(***) Citation de Paul Claudel, dans 'accompagnements'.

lundi 19 octobre

langage

Sans langage approprié, difficile de parler d'inconnu, plus encore de ce que l'explorateur recherche, sans toujours le savoir !!... Cornélien. Avec à chaque fois le même résultat : dès qu'il se laisse prendre par le jargon de sa quête, ou que les mots lui manquent pour parler de ce qu'il fait, explorateur se retrouve isolé, dans l'obscurité d'un laboratoire en forme de tour d'ivoire. Autour, certains scandent déjà la définition d'Ambrose Bierce (*) : "inventeur : personne qui fait un ingénieux arrangement de roues, leviers et ressorts, et qui croit que c'est la civilisation". Bref, personne ne croit qu'il va trouver quoi que ce soit. Et voilà notre explorateur réduit à s'accrocher au vide de ce qu'il cherche sans savoir, plutôt qu'à revenir dans la norme de ce que le commun des mortels accepte... Autant dire que l'isolement peut devenir sa marque de fabrique, comme s'il dansait la chorégraphie de Robert Neville (**).

 

D'aucuns lui diraient: "sors!, lève le nez, regarde autour !!... Si c'est donc vrai, donnes-nous les clés pour comprendre où tu en es, ce que tu crois avoir trouvé !..." Alors, l'explorateur se cabre, car il prend rarement sa quête à moitié. Matin, midi, soir, tous les sens sont tendus vers l'intuition à confirmer, l'erreur à dépasser, l'inconnu à combler. "Qu'est-il encore que je n'ai déjà vu?..." songe-t-il, la tête tournée vers l'infini. Au loin, les étoiles scintillent. Rieuses, elles montrent le chemin de cette immensité, toujours prête à délivrer la suite. A l'instant, la suite se dit pourtant ici. Avec des mots qui permettent de traduire, presque à l'infini, ce qui a été trouvé, à la manière de "one flat thing, reproduced", une chorégraphie de William Forsythe (***).

 

Quelles que soient les fulgurances, le langage concrétise ce que l'intuition a permis de trouver. 

 

 

(*) Ecrivain et journaliste américain de la fin du 19ème siècle, essentiellement connu pour avoir écrit le 'dictionnaire du diable' et des nouvelles d'humour noir.

 

(**) "L'isolement" est une chorégraphie réalisée en 2013, dans le cadre d'un festival d'été dans le cimetière de bateaux de Lanester, en Bretagne.

 

(***) "One flat thing reproduced" est une chorégraphie que William Forsythe a créée en 2004 à Francfort. Danseur et chorégraphe américain contemporain, il est considéré comme ayant révolutionné la danse, en parvenant à fédérer les pointes des anciens, avec l'ultra-épuré des modernes. Ces mots lui sont attribués: "si la danse ne fait que ce qu'on attend d'elle, elle va mourir".

jeudi 8 octobre

désir

"On ne désire que ce dont on manque", disait déjà Platon dans 'Le Banquet' (*). Désir autre chose est le moteur dans l'inconnu. Et avec ce désir, le manque de ce qui échappe encore à notre regard, parfois sans trop savoir pourquoi. Qu'advient-il ensuite, sitôt qu'autre chose est trouvé?... Et bien, la marche reprend, en quête d'une 'nouvelle' nouveauté, ou d'une précision à ce que nous venons de trouver. Destinée d'humain, guidée par le sens que chacun donne à sa recherche... Malgré tous les freins en chemin -dont les meilleurs sont souvent en nous-, vivons intensément le désir d'inventer !! L'intensité emporte l'émergence, comme dans une chorégraphie d'Antonis Foniadakis (**). Et puis expérimentons, avant de chercher à résoudre. La vie se présente parfois comme une suite de premiers pas, dont nul ne connaît d'avance le sens, ou encore l'amplitude. Dans cette ébullition, notre intention s'ébauche à tâtons. Enfin, gardons la conscience entière, au mieux de ce qu'elle peut. Son discernement distille une musique délicate, bien utile quand l'inconnu surgit à la porte. Comme une valse de Beethoven, dans une chorégraphie de Malkovsky (***). 

 

 

(*) Ecrit vers 380 avant JC, 'Le Banquet' est un des textes majeurs de Platon, autour de l'amour.

 

(**) La chorégraphie 'Selon désir', créée en 2004 et interprétée ici par le Ballet du Grand Théâtre de Genève, cherche l'inspiration dans le mouvement des corps, sur la Passion selon Saint Jean et selon Saint Matthieu.

 

(***) François Malkowsky est le créateur de l'Ecole de Danse Libre de Paris. Très inspiré d'Isadora Duncan, son œuvre recherche constamment le geste juste, le mouvement vrai et incarné. Sa chorégraphie du désir, sur 'Le Désir' de Beethoven, date de 1932.

mercredi 30 septembre

révolution

Selon Jean Dubuffet (*), "la révolution, c'est renverser le sablier". Par ce point de vue mécanique, la révolution offre de changer diamétralement de perspective. Dans un mouvement de renversement, ce qui était avant devient après, d'abord s'avère ensuite, dedans se voit soudain dehors, à l'envers se remet à l'endroit. D'une révolution, autre chose se donne à voir.

 

L'époque, pleine de désordres, semble souvent marcher sur la tête. En particulier, malgré nos efforts pour relier performance et bien-être, le travail se décline régulièrement comme une ronde incessante, chacun perdu autour d'un axe facilement vide de sens, à la manière d'une chorégraphie d'Olivier Dubois (**).  Puisque rien ne semble plus aller avec ce que nous connaissons déjà, retrouver un mouvement cohérent nous oblige à cultiver l'inconnu. Pour garder du sens, une structure, pour trouver d'autres ressources, ou déjà pour s'en sortir.

 

Inventer autre chose, demande parfois de (re)voir ce que nous croyons savoir, à l'aune d'un renversement de sablier. Et puisqu'il s'agit de notre propre sablier, la nature du mouvement nous est plus accessible. A l'individualité criante, préférons soudain l'interaction. Plutôt qu'une quête d'intime, retrouvons le sens du projet. Concentré sur les idées, choisissons rapidement celle à mettre en œuvre. A la conviction, ajoutons brusquement le paradoxe ou l'antinomie. C'est ainsi que l'inventivité se concrétise, qu'elle émerge d'un renversement constant au cœur de notre vulnérabilité, à la manière de la chorégraphie 'tensile involvment" d'Alwin Nikolaïs (***). Vulnérabilité qui conduit à voir par le prisme de ce qui nous touche. Grain de folie, qui permet d'envisager ce que la rationalité repousse. Ouverture, qui laisse d'abord advenir.

 

 

(*) Peintre, sculpteur et plasticien français, à l'origine de la théorie de l'art brut.

 

(**) Dans sa chorégraphie 'Révolution', Olivier Dubois, chorégraphe contemporain, pousse à l'extrême le mouvement circulaire autour d'un axe, incarnation de nos travaux en chaine, sur un boléro de Ravel répétitif. Conquis ou asphyxiés, un certain nombre de spectateurs quittèrent la salle.

 

(***) Alwin Nikolaïs est un danseur et chorégraphe américain, pionnier dans la réalisation d’œuvres multimédia. 'Tensile Involvment' est l'une des créations qui l'a révélé au public, en 1955.

dimanche 20 septembre

...si...

L'équation dans l'inconnu serait bonne "si et seulement si". 

 

Si, avant de partir, nous prenons le temps d'un peu cerner ce que nous allons chercher. Si, en chemin, nous étirons nos cerveaux, au point de laisser les idées se percher : par analogie, le 'si' figure dans les hauteurs de la gamme. Si nous acceptons aussi que la route monte et descend, un peu comme des mouvements de Sylvie Guilhem (*). Et si, parfois gagnés d'une trace d'irrationnel, nous nous prenons à jouer, au détour d'une sinesthétie (**). "Nous partirons lundi en quête d'idées nouvelles, portés par le halo d'un quartier de lune orangé. Invoquant l'aide de Plutarque, Kepler, Voltaire et même Newton (***), nous pointerons l’œil vers Saturne, le dieu de l'âge d'or. Nourris de son impulsion, nous verrons la planète danser comme dans un film de Chris Abbas (****). Hasard, chance ou nécessité, nous en déduirons la formule censée nous éclairer."

 

Formule nouvelle, bien sûr. Que nous projetterons encore un coup plus loin, au point de laisser l'audace advenir. Car il est dit qu'autre chose se trouve, ailleurs et au-delà.

 

L'équation sera vérifiée si nous acceptons de rentrer, pour confronter la formule qu'en chemin, nous aurons trouvée. Et si les mots livrés se trouvent soudain reçus, viendra alors le 'vrai' sens que nous sommes partis chercher. "Qui cherche trouve" dit l'adage. Ajoutons : si et seulement si ... celui qui cherche s'est accroché.

 

 

(*) "Two (rise and fall)" est une chorégraphie créée en 2001 par Russell Maliphant, dans laquelle Sylvie Guilhem explore la relation entre le mouvement, la lumière et la musique.

 

(**) La synesthésie est généralement définie comme un trouble psychologique (et oui...) conduisant à relier des choses qui n'ont apparemment aucun lien entre elles. Une phrase de Sartre est citée pour exemple par Michel Onfray, tirée de l'Être et le Néant : "Si je mange un gâteau rose, le léger parfum sucré et l'onctuosité de la crème au beurre sont le rose. Ainsi je mange rose comme je vois sucré." (in Michel Onfray, Le ventre des philosophes, 1989). 

 

(***) Parmi d'autres, ces philosophes et scientifiques ont tenté de voir des symbolismes et correspondance entre certaines manifestations du monde. Voir notamment ce qui concerne les sons.

 

(****) Une vidéo diffusée en 2014 par l'Agence Spatiale Européenne dévoile des images des aurores polaires de Saturne. La même année, Chris Abbas, réalisateur et designer américain, crée une vidéo originale de Saturne, à partir d'images de la NASA.

mardi 8 septembre

chance

Les anglais, souvent pragmatiques, considèrent que "la chance en amène une autre" (*). Aussitôt dit, aussitôt fait : courrons vite la chercher, histoire d'en trouver une autre. Mieux encore : recevons la chance en feignant n'avoir rien demandé. 

 

Le sort chahute actuellement : où donc la bonne fortune vaut-elle la peine d'être cherchée ?... Si tant est qu'il y ait un réel avantage à voir du cadeau dans toute crise, elle porte au moins l'exigence d'avancer. "Bouge de là" devient le leitmotiv, puisque rien de vivant ne se trouve plus ici. Les pas s'emballent et se déchainent pour sortir de nos lits, comme dans une chorégraphie de la compagnie "bouge de là" (**). 

 

Après le mouvement, seulement, viendra le sens, alors que nous crions déjà au besoin de résultat. Quel résultat?.... Celui de retrouver l'envie de rester là?... Ou plutôt le désir de partir ailleurs, pour mieux revenir ici?... Et quel sens?... Celui d'inventer sa vie?... Au risque parfois de la perdre, comme le montrent les images cruelles de ces derniers jours?... "C'est dans la connaissance des conditions authentiques de notre vie qu'il nous faut puiser la force de vivre et des raisons d'agir" écrit Simone de Beauvoir (***). 

 

Il arrive que des événements nous convoquent. Puisque la vie ne fait que passer, autant se bouger pour y aller. "La vie est une chance, saisis-là" intima un jour une femme haute comme trois pommes, qui s'appelait Mère Térésa. Et puis, "voi[ ], vois, voix, voie..." comme le chante si joliment Natan (****).

 

 

(*) proverbe anglais.

 

(**) Compagnie de danse canadienne menée par la chorégraphe Hélène Langevin, qui se consacre surtout aux enfants, pour les sensibiliser à des thématiques simples, en captant leur imaginaire de manière très créative. "Ô lit!" est une des dernières créations de la compagnie, qui explore la protection du territoire de l'enfance... et sa sortie.

 

(***) Simone de Beauvoir, in 'Pour une morale de l’ambiguïté'.

 

(****) Troubadour des temps modernes, cyber-à-cœur et chanteur, aussi.

dimanche 30 août

mouvement

"L'être vivant est surtout un lieu de passage, et l'essentiel de la vie tient dans le mouvement qui la transmet" écrivit Henri Bergson (*). Seule notre mise en mouvement active et entretient la dynamique fondamentale de vie. A notre libre choix, ce mouvement génère et s'étire vers autre chose, comme dans un film d'Eadweard Muybrige (**). Chercher à satisfaire nos conditions de vie semble le minimum. Un jour, l'appel nous pousse vers encore autre chose, surtout dans un monde aux défis si criants. "Il faut quitter le calme rassurant des utopies et prophéties, fussent-elles catastrophiques, pour descendre dans le mouvement, déconcertant mais réel, des relations sociales" écrivit Alain Touraine (***) à une étudiante. Au service d'autres fonctionnements à inventer, quand la violence se fait chaque jour plus présente à nos portes. A l'aube de la rentrée, quel est notre prochain mouvement, aussi petit soit-il, pour traduire l'essentiel d'une vie qui mérite d'être transmise ?...

 

 

(*) Henri Bergson, philosophe, in "L'évolution créatrice".

 

(**) Eadweard Muybridge est un photographe anglais connu pour ses décompositions photographiques du mouvement. Edward Rose et Nick Reynold ont traduit certaines de ses études dans un film animé : 'Ballet in ten movement played by seven instruments', dont l'extrait ci-joint est 'Movement four'.

 

(***) Alain Touraine, sociologue tourné vers les nouveaux mouvements sociaux.

samedi 22 août

oubli

"La vie n'a qu'une forme: l'oubli" disait Francis Picabia (*). Cet allié, qui n'en semble parfois pas un, libère pourtant nos logiciels. Le cerveau trouve dans cette moindre mémoire, l'espace de sa nouveauté. Des idées vont et viennent, sans trop savoir pourquoi... Si ce n'est qu'à ressasser hier, notre attention se crispe sur le 'déjà vu', 'déjà connu'. "Lâcher prise", qu'il disaient !?!... S'agirait-il surtout de lâcher le regard par derrière, pour regarder encore plus loin que droit devant ?... Nos vies s'enchaînent parfois comme du papier à musique. Tout s'y tient, d'une organisation qui laisse finalement peu de place pour penser notre nouvelle musique. Antinomique, d'allier le savoir à l'oubli ?... Pas tant que ça. L'oubli permet de lâcher 'tout' ce que nous avons appris, réfléchi et organisé jusque-là. Une fois oubliés, ces acquis structurent pourtant, comme par enchantement, diverses "petites inventions" que la vie nous envoie, dans sa cohorte d'émergences, hasards, mystères, coïncidences, intuitions et autres liens. C'est ainsi que les acquis semblent faciliter la lecture d'une 'big picture' émergente : celle pour laquelle nous cherchons et inventons. Alors, pour cette rentrée, sommes-nous prêts à dire oui à l'oubli, pour embrasser notre nouveauté?... Vivants comme un "clown de Dieu" (**), dans une chorégraphie de Jorge Donn...

 

 

(*) Peintre, graphiste et écrivain français, proche du mouvement Dada.

 

(**) Magnifique danseur argentin, mort en 1992 après avoir beaucoup travaillé avec Maurice Béjart. Ce fût notamment le cas dans 'Nijinsky, clown de Dieu', ballet créé par Béjart en 1971 autour du célèbre danseur et chorégraphe russe Nijinsky, qui s'appuie sur des extraits de son journal.

dimanche 9 août

silence

"Entends ce bruit qui est continu, et qui est le silence. Écoute ce qu'on entend lorsque rien ne se fait entendre." (*) Apparenté au calme et au recul, le silence conduit nos signaux faibles à devenir plus forts. Soudain entendus à plein, ils semblent tracer une route, au point que "le silence permet de trouver son destin", selon les mots de Lao-Tseu. Quelque chose s'exprime. Quoi ?...

 

Laisser faire, laisser venir. Demain, les mots diront le sens de ce nouveau mouvement. Il a le goût du plaisir, celui qu'exprime le corps au rythme du vent du large, comme dans le mouvement d' "Aunis" (**).

 

 

(*) Paul Valéry, in "Tel Quel II", 1943.

 

(**) "Aunis" est une chorégraphie de Jacques Garnier, fondateur avec Brigitte Lefèvre de la Compagnie du Silence, dans les années 1980.

jeudi 30 juillet

vide

Nous entendons ce principe cartésien depuis nos premiers cahiers : "la nature a horreur du vide"(*). De fait, sitôt qu'un espace se libère (en nous, dans l'agenda ou le carnet d'adresse), nous constatons souvent qu'autre chose prend la place. Sur le papier, donc, miser sur le vide paraît fructueux : une chance est ainsi donnée à la nouveauté. Alors rassurés, nous rêvons déjà de passer de grands coups de balais : enlever ceci, ôter cela... d'un élan aussi "chouette" que les forbans le chantaient (**)... D'où nous vient alors d'avoir si peur du vide... si tant est d'ailleurs que nous l'ayions déjà croisé ?... Au-delà du risque de nous trouver nous-mêmes, s'agirait-il d'éviter un avenir qui s'invente ailleurs que dans nos images d’Épinal ?... Rien de tel pour savoir, que de tenter l'expérience. A la faveur de l'été, je nous souhaite de tourner dans le vide (***), en laissant de côté "veaux, vaches, cochons et couvées" (****). Souhaitons qu'émerge autre chose, pour remplacer la mêlée.

 

 

(*) Aphorisme posé par Aristote.

 

(**) "Chante, chante, danse et met tes baskets, chouette, c'est sympa tu verras, viens, surtout n'oublie pas...", cliquer ici pour entendre plus de la chanson collector des Forbans. 

 

(***) Comme dans une chanson d'Indila...

 

(****) Référence, un peu détournée, à la célèbre fable de Jean de la Fontaine, 'la laitière et le pot au lait'.

dimanche 19 juillet

voir

Pour trouver autre chose, nous nous poussons à voir au-delà de ce que nous connaissons déjà, au point de trouver cela inédit, inventif, ou à tout le moins étonnant. "Cherche plus loin", semble dire l'explorateur. "Pas trop loin", tremble l'autruche, comme prise aux feux d'une chorégraphie de Tino Fernandez (*). De fait, nous ne voyons que ce que nos consciences acceptent de voir. C'est dire la nécessité de mettre la mémoire à distance, pour discerner l'avant-garde. Projetés dans un bain d'originalité, en quête de ce qui semble pertinent à notre enjeu du moment, nous voilà réduits à expérimenter, tester, tenter, et chercher encore... "Nous sommes peu à penser trop, trop à penser peu" disait déjà Françoise Sagan(**). Une boussole à la main, de celle qui aide à 'devenir', sans trop songer à se situer, avançons joyeusement vers ce qui nous semble nouveau, au point de donner un autre sel à l'existence. Car "chacun, en matière de jouissance, a son point de vue spécial" rappelait aussi Alexandra David-Néel... (***)

 

 

(*) Voir un extrait de "la mirada del avestruz" (le regard de l'autruche), chorégraphie créée en 2002 par Tino Fernandez, pour dénoncer les violences quotidiennes en Colombie. 

 

(**) Écrivain française du 20ème siècle, surtout connue pour son style à la mélancolie nonchalante, mettant régulièrement en scène une bourgeoisie riche et désabusée. Son roman le plus célèbre reste "Bonjour tristesse".

 

(***) Écrivain, exploratrice et orientaliste du 19ème siècle, morte à 101 ans après une longue vie d'érudite.

jeudi 9 juillet

perspective

Sans perspective, le sens de l'inconnu se perd. Prendre du recul, parfois de la hauteur, rappelle ce qui se cherche au loin, là où les étoiles scintillent (*). En marche, cette tension donne de la cohérence, entre exploration et repères sur la route. Cet axe trouve sa portée à distance. Explorer, c'est viser loin, à la recherche du geste vraiment unique, celui qui se suffit à lui-même pour manifester l'essentiel : l'objectif, le vrai, comme une "pleine lune" que les étoiles soudain illuminent (**). Poser régulièrement des repères, c'est revenir aussi à la valeur ajoutée de l'originalité que le chemin révèle. Tension, quant tu nous tiens en vie !...

 

 

(*) Comme le rappelle cette célèbre citation d'Oscar Wilde : "il faut viser la lune parce qu'au moins, si vous échouez, vous finissez dans les étoiles".

 

(**) Tel une chorégraphie de la célèbre chorégraphe Pina Bausch, en particulier Vollmond, qui signifie "pleine lune", créée en hommage à Thomas Erdos, son agent, conseiller et très proche soutien. Dans ce spectacle, Pina Bausch célèbre la vie, la liberté, à travers plusieurs tableaux juxtaposés tels un collage, sans réel fil rouge. Cette œuvre est la dernière de la chorégraphe, décédée en 2009.

mardi 30 juin

valeur(s)

En quoi la valeur -nos valeurs- contribue(nt)-t-elle à donner de la vigueur au cheminement dans l'inconnu ?... Quelle valeur d'ailleurs, attribuer à ce cheminement ?... Celle du cheminement lui-même, celle du résultat, autre chose en forme d'accomplissement ?...

 

La valeur est la mesure attachée à un acte, un signe, un symbole (*). Dans nos comportements, elle touche ce que nous posons comme un idéal du point de vue personnel, communautaire. Dans nos interactions, elle permet d'offrir une contrepartie à ce que nous estimons digne d'être échangé, vendu, estimé. En peinture, elle est le degré de clarté d'un ton, relativement aux autres tons d'une peinture.

 

Au cours du cheminement, la valeur permet de mieux repérer le choix, le point de vue dans l'espace. Elle donne donc une couleur au contenu, qui s'avère vite rigide si le geste devient répétitif. Qui sait pourtant si nous en gardons la mémoire!!... (**)  A nous de choisir la ou les bonnes valeurs pour avancer, la première étant celle de garder le goût de l'inconnu.. sans s'y perdre !... Curseurs, à vos marques, car l'expression comme le manque de valeur(s) sont souvent l'expression que quelque chose d'autre manque : de la couleur, du relief, du calme... A vous de voir !

 

 

(*) Comme dans une chorégraphie de Thierry Mandalain sur le Boléro de Ravel, créée en 2001 à la gare du midi de Biarritz.

 

(**) "Quand Eve voulut un second enfant, Adam fut très embarrassé car il ne savait pas quel était le geste, parmi tous ceux qu'il avait faits, qui avait eu pour conséquence d'engendrer le premier bébé." De François Cavanna, un des joyeux drilles de, entre autres, Hara-Kiri et Charlie Hebdo.

vendredi 19 juin

équilibre

"La vie est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre", disait Albert Einstein. Projeté droit devant, le cheminement dans l'inconnu conduit à constamment rebondir, à la recherche de nouvelles alternatives. Pédaler, plutôt que laisser tomber. En chemin, toute matière est utile : la ressource se trouve dans ce qui passe à portée de main. L'originalité ressort de l'effervescence, la profusion, la variété, à la manière d'un défilé de Régine Chopinot et Jean-Paul Gaultier (*). La simplicité vient d'entretenir le mouvement, en quête d'unicité. "La vie a mille aspects, le néant n'a qu'un moule" écrivait Anaïs Segalas (**). Alors heureux celui qui pédale, il crée des opportunités !!... Après la vie, nous aurons (peut-être) l'éternité pour comprendre.

 

 

(*) Voir "Le défilé", chorégraphie de Régine Chopinot et costumes de Jean-Paul Gaultier. Cette création atypique, mi-défilé, mi-ballet, a marqué l'histoire de la mode contemporaine, par les nouvelles propositions données au costume de danse.

 

(**) Dramaturge, poétesse et romancière française du 19ème siècle.

dimanche 31 mai

itérationSss...

Le chemin dans l'inconnu est tout sauf linéaire. Plutôt itératif, par options successives, comme autant de micro-décisions qui concrétisent une avancée intuitive. Plus elles sont instinctives, plus ces décisions ont du sens. Cette spontanéité résulte beaucoup de la manière dont nous tirons partie de nos expériences passées, jouons avec nos erreurs, trouvons des vertus positives aux situations traversées (*). Facile à dire ?!... Sur ce chemin pourtant, inutile de savoir, puisque le chemin sait lui-même. Se concentrer à sentir, c'est déjà bien comme ça. Au prochain coup, on affinera ! Plutôt -tchin -tchin que balourd, n'est-il pas ?... Il se pourrait que cette incertitude entretienne en nous la vie, au point de faire danser l'enfant endormi sous notre propre bourgeois, comme dans une chorégraphie de Daniil Simkin (**). Oui oui, dans l'inconnu, le pas s'allège vite de tant d'inutiles pour se concentrer sur le fugace, le fragile, l'instantané... (***)

 

 

(*) Ce qui entraîne un rapport fondamentalement différent au travail, à l'erreur et à l'envie. Voir notamment la conférence TedX d'Amina Zeghal, Directrice de l'université Dauphine à Tunis, autour de l' "irrationalité de l'humain". Comble du comble (qui sait ?...), pour une férue de mathématiques.

 

(**) Voir "les Bourgeois" de Danii Simkin, sur une chorégraphie de Ben Van Cauwenberg... et une musique de Jacques Brel, bien sûr.

 

(***) Citation de Stefano Benni dans Saltatempo (2001) : "La poésie, au fond, c'est faire voler la lourdeur du monde sur la légèreté des vers, comme un caillou ricoche sur l'eau".

mercredi 20 mai

portée n°2

La portée du cheminement dans l'inconnu s'ébauche au fil de l'eau, depuis un questionnement en axe, entre 'intention' (pourquoi je le fais, dans quel but, quel sens j'y donne) et 'résultat attendu' (pour obtenir quoi, avec quels indicateurs concrets de satisfaction). Grâce à ce questionnement, l'avancée trouve un sens, et l'exploration ébauche une forme de résultat. Nous voici parés pour lâcher l'ardent désir de maîtriser l'inconnu, et nous focaliser sur l'essentiel : révéler LA seule chose qui cherche à venir, puis une autre, puis une autre, instant après instant...

 

La portée du mouvement dans l'inconnu résulte alors d'un axe et d'un rythme. L'axe nous tient vertical, entre ciel (intention) et terre (résultat). Quant à lui, le rythme nous conduit à attraper une chose après l'autre, la seule qui veut vraiment venir, maintenant. L'explorateur bouge ainsi, à la manière d'une danse animée de Ryan J. Woorward (*). "Formule de mon bonheur: un 'oui', un 'non', un but" (**) disait autrement Nietzsche. Ainsi soit l'essentiel.

 

 

(*) Dessinateur américain contemporain ayant notamment produit la vidéo "Thought of You", en forme de danse animée.

 

(**) Friedrich Nietzsche, dans le 'Le crépuscule des idoles'.

dimanche 10 mai

chaos

Le chaos fait partie intégrante de l'inconnu. Il se produit souvent aux frontières de nous-mêmes, dans ces espaces où tout semble à (ré)inventer. C'est un choix de le suivre plutôt que de fuir, même si l'intensité du chaos facilement nous échappe.

 

Francis Bacon disait que "la vérité sort plus facilement de l'erreur que de la confusion". Au risque de se tromper, le chaos appelle pour avancer le pinceau à la main, fondu dans un mouvement semblable aux sculptures de Jean Tinguely (*).Comme s'il n'y avait pas d'autre issue que de faire avec, continuer d'avancer, et attendre que "ça' passe. Depuis quand le chaos durerait-il toute la vie ?...

 

Nikki de Saint-Phalle racontait d'ailleurs : "peindre calme le chaos qui agite mon âme. C'est une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail". Derrière ces dragons qui agitent nos esprits, le chaos a la puissance de construire un nouveau monde. L'audace est celle de nous laisser façonner par ce mouvement, un peu comme dans la chorégraphie 'weaving chaos' (**).

 

 

 

 

(*) Jean Tinguely est un sculpteur et peintre suisse mort en 1991, surtout connu pour ses machines en forme de tableaux animés, dont les Méta Matics.

 

(**) "Weaving chaos" est une création de Tânia Carvalho en 2014, autour du voyage d'Ulysse.

Le chaos fait partie intégrante de l'inconnu. Il se produit souvent aux frontières de nous-mêmes, dans ces espaces où tout semble à (ré)inventer. C'est un choix de le suivre plutôt que de fuir, même si l'intensité du chaos facilement nous échappe. Francis Bacon disait que "la vérité sort plus facilement de l'erreur que de la confusion". Au risque de se tromper, le chaos appelle pour avancer le pinceau à la main, fondu dans un mouvement semblable aux sculptures de Jean Tinguely (*).Comme s'il n'y avait pas d'autre issue que de faire avec, continuer d'avancer, et attendre que "ça' passe. Depuis quand le chaos durerait-il toute la vie ?... Nikki de Saint-Phalle racontait d'ailleurs : "peindre calme le chaos qui agite mon âme. C'est une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail". Derrière ces dragons qui agitent nos esprits, le chaos a la puissance de construire un nouveau monde. L'audace est celle de nous laisser façonner par ce mouvement, un peu comme dans la chorégraphie 'weaving chaos' (**).

 

 

(*) Jean Tinguely est un sculpteur et peintre suisse mort en 1991, surtout connu pour ses machines en forme de tableaux animés, dont les Méta Matics.

 

(**) "Weaving chaos" est une création de Tânia Carvalho en 2014, autour du voyage d'Ulysse.

dimanche 3 mai

suspension

Pour vraiment se renouveler, laisser l'inconnu faire son œuvre, une suspension s'avère parfois nécessaire. Entre le point final et celui de la nouveauté, cette suspension tient l'espace du doute. Celui de ne plus rien savoir, si ce n'est quand même d'où l'on vient. Est-ce utile pour la suite ?... Difficile de savoir, avant de traverser cet espace de non-savoir. Sauf que, quand on saura, on sera sûr qu'on saura.

En 1869, les frères Goncourt faisaient dire à Madame Gervaisais : "Le doute, (...) c'est la suspension de l'intelligence entre deux extrêmes qui offrent tous deux des raisons de probabilité" (*). Voilà une élégante manière de qualifier le fait qu'en marche, rien ne semble certain... Si ce n'est peut-être la nécessité d'avancer à la recherche du point de suspension. Un peu comme une danse entre terre et airs, à la manière du spectacle fugue & trampoline de Yoann Bourgeois...(**) Et si, dans l'intervalle, nous prenions le risque d'attendre le moment fatidique d'une certitude plus intime, intuitive, ressentie ?... Bref, si nous avions l'audace de rester perché à l'instant de tous les possibles... Le temps que 'ça' vienne...

 

 

(*) "Madame Gervaisais" est le dernier livre écrit ensemble par les frères Goncourt, avant la mort de Jules, le plus jeune. Ce roman décrit une Rome aux milles visages, autant que l'héroïne. "Une suite d'études en serre chaude", aurait dit Saint-Beuve.

 

(**) Dans ce spectacle présenté en avril 2011 à Montpellier, Yoann Bourgeois explore, sur un prélude de Bach, l'avancée vers le point de suspension. Chez les jongleurs, ce point idéal est celui où, débarrassé de son poids, le corps lancé en l'air atteint le sommet de sa parabole.

dimanche 19 avril

signes

photo : Lucien Clergue, trio de Saltimbanques à Arles (1955)
photo : Lucien Clergue, trio de Saltimbanques à Arles (1955)

Après l'exploration, le cheminement créatif conduit à revenir vers un point fixe, pour constater le résultat. C'est le moment de célébrer les fruits du voyage. Le tableau, soudain, se donne à voir. Peut-être trouve-t-il un sens nouveau : celui d'ouvrir une période différente. Après le bleu, le rose ?... Des signes émergent, comme dans une chorégraphie de Carolyn Carlson (*). Victoire, s'ils permettent d'anticiper la suite ! Picasso disait : "Chercher ne signifie rien en peinture. Ce qui compte, c'est trouver" (**). Alors... on y retourne ?... 

 

photo : Lucien Clergue, trio de Saltimbanques à Arles (1955)

 

(*) Extrait de la revue The Art, 1923.

 

(**) 'Signes' est un ballet créé en 2007 à l'opéra bastille. Il marque la rencontre entre Carolyn Carlson (chorégraphe), Olivier Debré (peintre ayant conçu les costumes et décors) et René Aubry (musique). Le dernier des 7 tableaux consacre la "victoire des signes".

jeudi 2 avril

pause

"La pause, elle aussi, fait partie de la musique" écrivait Stephan Sweig, dans la confusion des sentiments. Calée entre deux mouvements, elle est une brève suspension (*) facilitant la réception du plus grand nombre. Cette prise de distance redonne du jus à l'originalité. "A chaque fois que vous vous retrouvez du côté de la majorité, il est temps de faire une pause et de réfléchir" nous dit également Mark Twain. Alors... "pause", histoire d'entendre ce qui se cache derrière la danse, la tache et les soupirs. A la manière d'un album de Vulfpeck (**).

 

 

(*) Comme si la pause cherchait à démêler l'avant de l'après.... ? Voir notamment un extrait de "brèves supensions", la danse en état d'apesanteur, avec le collectif A.I.M.E. au 104.

 

(**) En 2014, pour financer sa tournée, le groupe californien Vulfpeck enregistre du silence, sur un album "sleepify" mis sur le site en ligne Spotify. Dans le même temps, le groupe encourage ses fans à enregistrer son sommeil. Affaire à suivre depuis leur site.

samedi 28 mars

croche et tiens

Comment savoir si le chemin poursuivi est juste, ou s'il est une chimère ? Sentir que l'on se trouve face à soi-même est déjà un élément de réponse. Dans le même temps, c'est souvent la raison pour laquelle l'idée de cheminer attire et repousse à la fois : pas vraiment envie de se trouver avec soi-même en route... Un marchandage s'installe alors pour tenter d'échapper à soi : d'accord pour se mettre en chemin, mais en bordant bien le résultat. Difficile pourtant de le mesurer d'avance, tant l'inventivité s'appuie sur des ingrédients nouveaux, qu'il nous appartiendra de capter en route. Pour peu que nous laissions venir... Car c'est bien de là, dans ce qui n'existe pas encore, que proviennent les émergences.

 

Pour capter ce monde, l'imaginaire pourrait sembler une chimère, un peu comme le cygne blanc poursuivi par Siegfried (*). Notre rêverie s'apparente alors à un refuge, où le monde se transforme en futur fantastique, empreint de mystère et de fatalité. S'agit-il encore d'émergence, ou bien de fuir une réalité que nous aimons croire imposée ?... C'est paradoxalement en continuant de cheminer que nous pourrons savoir. Danser et danser encore, dans une tension constante entre ouverture d'esprit et concentration vers un résultat : celui de rendre le cygne réel, incarné, accessible. Ce mouvement peut parfois sembler douloureux, tel une révélation de Svetlana Zakharova (**). Paradoxe d'une grâce mélancolique issue d'un chemin sans artifice, pour que le résultat s'offre, concret. Entre temps, "croche et tiens" (***).

 

 

(*) Référence au lac des cygnes de Tchaïkovski. Voir notamment la grande Anna Pavlova, avec un extrait du "lac des cygnes" datant de 1905, dans une chorégraphie de Mikhail Fokine.

 

(**) Svetlana Zakharova est considérée comme l'une des plus grandes ballerines de ce début de siècle. Voir notamment ses pas dans un extrait de "Revelation", avec une chorégraphie de Motoko Mirayam.

 

(***) Devise du 21ème régiment de marine.

vendredi 20 mars

hasards et coïncidences

"Il suivait son idée, c'était une idée fixe, et il était supris de ne pas s'étonner" (*). Plutôt qu'un chemin fixe et fixé à l'avance, la vie s'écoule dans un flux en perpétuelle mutation. Seul notre regard fige le mouvement, alors que tant échappe à notre conscience !!.... Nous sommes pourtant prompt à vouloir contrôler a priori la plupart de nos gestes. Portée par un désir, étirée par l'inconnu, l'exploration tente de détourner l'esprit vers autre chose : ce qui appelle ailleurs, tout en venant de nous.

 

Sur ce chemin en forme d'arborescence, les hasards et synchronicités (**) sont une grande ressource pour explorer plus loin. Sans rationalité apparente, ils se présentent comme des opportunités d'agir autrement, qui trouvent sens à la mesure de ce que l'esprit accepte de jouer avec. Si notre esprit est joueur, il enchaîne les figures de style, prompt à faire avec tout ce qui lui passe à portée de main. Dès qu'il porte les pieds sur le frein, notre esprit fige la danse dans l'inconnu. Au risque de faire un peu peur, explorer ressemblerait plutôt à une chorégraphie de Merce Cunningham (***). Le champ des possibles s'étire dans le corps et le cerveau, les événements rebondissent les uns sur les autres, transformant le ballet d'émergences en une cohorte d'opportunités.

 

 

(*) Jacques Prévert.

 

(**) Une synchronicité est un lien intuitif permettant d'associer des événements arrivés en même temps et à priori sans aucun rapport. Karl Jung a été le premier à utiliser cette notion. 

 

(***) Merce Cunningham est une référence majeure de l'histoire de la danse contemporaine. Son terrain est celui de l'abstraction, imposant la chorégraphie comme une partition complexe de mouvements et de rythmes, dont les lignes s'entrecroisent pour dessiner un tableau vivant. Voir notamment "Beach Birds for Camera".

vendredi 13 mars

sur le fil

vendredi 6 mars

piano

Dans un monde gouverné par l'urgence et le résultat immédiat, capter l'essence du cheminement confronte à une révolution (*) : celle de se laisser tâtonner piano, gouverné par l'intuition. Cette révolution permet de revenir à la source de la nouveauté, où se trouvent les graines d'originalité. Ici, l'intuition est reine. Elle se présente souvent comme un flash instantané d'idées ou d'images, hors du champ de la rationalité immédiate. Ce sens, trop souvent oublié, donne une autre couleur à la route.

 

D'abord, car l'intuition personnalise le chemin: c'est "moi" qui sent, donc de moi qu'il s'agit. Ensuite, car ce "sixième sens" permet de mieux discerner : est-ce que ce que je sens sonne juste ?... La gamme que je crois percevoir permet-elle de révéler toutes les notes ?... Quelles tonalités cherchent à venir ?... Comment harmoniser ces diverses vibrations ?... Les flashs auxquels l'intuition donne accès, se captent avec le tâtonnement.

 

Dans ce voyage, le mouvement va piano, puisqu'il suit la marche du temps : un pied après l'autre, le flair pour sentir la barcarolle (**). Les sens sont à 360° : devant, derrière, dessus, dessous, avant, après... L'intuition vibre au temps présent de l'émergence, à l'instant du jaillissement.

 

 

(*) Dans le sens littéral du terme, "révolution" dérive du latin revolvere : imprimer un mouvement circulaire pour revenir à un point de son cycle. Ce terme est également utilisé dans le sens d'un mouvement politique amenant un changement brusque et profond. La révolution envisagée ici consiste à revenir au point de rupture, l'instant où l'homme s'est coupé de ses sens premiers, à commencer par l'intuition. L'intuition ramène l'énergie au coeur de l'humain, pour mieux discerner, dans le tohu-bohu, les "signaux faibles" d'un monde qui cherche à venir.

 

(**) "Barcarolle" signifie littéralement "chanson de bateau", et tire son nom du chant des gondoliers vénitiens. La Barcarolle en fa dièse majeur, opus 60, est une des dernières compositions de Frédéric Chopin, entre l'automne 1845 et l'été 1846. Il la joua pour la première fois lors d'un concert chez Pleyel en 1848. Souvent considérée comme à la fois nostalgique et rêveuse, dramatique et nerveuse, cette Barcarolle a donné lieu à de très nombreux enregistrements, dont Arthur Rubinstein est l'un des plus célèbres interprètes.

lundi 2 mars

portée n°1

L'inventivité pousse à l'envol, pour quitter l'univers clos de nos représentations mentales. Entre les lignes de ce que nos certitudes, des notes trouvent à se perdre. L'inconnu alors s'étreint, un peu comme un baiser volant d'Angelin Preljocaj (*). Dans le tourbillon de cette étreinte sans fin, le chemin se révèle. Heureux celui qui écoute, prompte alors à percevoir que des notes s'installent, au point de donner un sens à la musique.

 

La nouveauté reste la clé d'entrée de cette gamme un peu particulière. Chacun s'y meût depuis sa capacité à avancer sans savoir, vulnérable puisque nu, les sens en éveil. En chemin, des étoiles nous guident. Elles étirent vers le désir, l'envie. "Il faut porter encore du chaos en soi pour enfanter d'une étoile qui danse" écrivait déjà Nietzstche (**). Ce à quoi Rainer-Maria Rilke pourrait répondre : "Pour connaître les réponses, il faut vivre les questions". Car le questionnement ouvert sur l'inconnu est plein de vibrations qui donneront un jour sa portée au cheminement. En attendant, apprendre à faire avec l'inconnu, les vertiges et cacophonies qu'il génère parfois.

 

 

(*) Dans Le Parc, chorégraphie célèbre d'Angelin Preljocaj, le chorégraphe s'interroge sur le cheminement des passions. Voir en particulier la fameuse séquence dite du baiser volant, avec Aurélie Dupont et Manuel Legris, sur l'adagio en fa dièse du concerto pour piano n°23 en la majeur de Mozart.

 

(**) Dans "Ainsi parlait Zarathoustra".

samedi 21 février

musique n°1

vendredi 13 février

contrepoint

Contrepoint, ce mot anime le départ d'un nouveau voyage en quête d'inventivité. Des billets hebdomadaires, en forme de notes de tendance, devraient pointer mes oscillations entre "cadre" et "liberté", "structure" et "inconnu", "repères" et "exploration", "contrepoint" et "harmonie". Pourvu qu'elles parlent à l'autre, ces notes entremêleraient alors nos pas, d'une mélodie poussant l'ensemble plus loin dans l'à-venir. Au bout du ponton, l'ébullition appelle pour une fugue (bien) tempérée (*). Prendre le risque d'oser....

 

 

 

   

(*) A travers le "clavier bien tempéré", oeuvre composée de nombreux préludes et fugues, Bach conduit une recherche sur le tempérament, c'est-à-dire les intervalles d'une gamme. Il rappelle ainsi son attachement au contrepoint, que les sirènes de l'harmonie emmènent déjà au loin. Cliquer ici pour ré-entendre le prélude n°1.