P comme prototype

Les fruits de l'inconnu s'ébauchent par itérations successives, test après test qui ressemblent à des 'prototypes de transformation'. Le terme insiste sur une démarche «laboratoire» où la pratique créative tient une place centrale, tirée par une vision. Porté par le désir de création, le cheminement demande de faire avec le doute, l’incertitude, l’ambiguïté que la nouveauté génère. Après le test, l’ajustement par tâtonnement structure la capacité à se projeter vers la perspective suivante. Ces itérations successives facilitent l’émergence de pensées qui n’existaient pas encore: pas sous cette forme, pas reliées ainsi, pas dites comme ça... Pour prendre conscience de ce tâtonnement, mieux vaut garder la trace des échanges. A relire au fil de l’eau, ne serait-ce que pour réaliser les fruits que le cheminement révèle… Et puis, avancer plus ou moins ensemble, même si l'ensemble est par principe à géométries variables, multiples. C'est-à-dire élaborer un prototype ensemble, ou mobiliser dessus, au point que d'autres autour peuvent le soutenir et en parler. N'oublions pas ce que Raymond Devos évoquait, dans 'La force de l'imaginaire':

Et aussi: plaisir, provocation, plus loin, profusion, palette, profils, portée, pourquoi...

Q comme questionnement

Donner une autre ampleur à ses enjeux passe par (se) poser des questions, dormir dessus et laisser reposer, avant de poser autrement. Cela passe aussi par répondre moins vite, plus tard, répondre plusieurs idées d'affilée, répondre après... Avec l’objectif de faciliter les rebonds, ponts et liens. S'agissant de se transformer, questionner n'est pas vraiment fait pour comprendre. Plutôt pour jouer avec l'inconnu, sans (tout) comprendre (tout de suite), pour détourner nos freins dans l'exploration, qui sont souvent de trois ordres: besoin de sens, besoin de contrôle et besoin de résultat. Autant dire que, sur les axes du terrain d'éveil, des dragons veillent à chaque angle, pour nous empêcher d'aller plus loin!!.... L'exercice de "lâcher prise", pour reprendre un terme à la mode, consiste à se donne du sens tout en faisant sans, à trouver des repères tout en les contournant, et à se laisser libre d'explorer, sans forcément de résultat... pour l'instant. L'explorateur, agile, joue alors avec ses dragons, cherchant les questions les plus ouvertes possibles. Dans l'intention d'aller plus loin, donc de retrouver de l'énergie pour reprendre sa marche. «Et si je n'avais pas besoin de savoir tout de suite?...», «Et si ce que je croyais avoir trouvé n'était pas encore ça?...», «Et si je n'avais pas terminé?...». En vérité, qui sait?...

Et aussi: quoi, qu'en dira-t-on, quadrature, qualitatif, quête, quenouille, quand...

R comme risque

Et aussi responsabilité

Chercher, exprimer, mettre en œuvre des idées nouvelles, représente vite une prise de risque, dans des environnement hiérarchiques et facilement conventionnels. Or, à supposer que l'organisation ait réellement le goût (donc la nécessité) du risque, la mesure de cette notion est rapidement délicate, tant le risque renvoie à des leviers personnels dans l’action. Nous ne sommes pas toujours aussi courageux que nous penserions l’être, quand d’autres fois, nous nous révélons plus audacieux que nous l’aurions imaginé. Autruche, pompier, joueur, assureur, sentinelle, explorateur... Ce référentiel métaphorique (*) est parfois proposé pour y voir plus clair et partager sur nos divers mouvements dans l'inconnu. Quelques mesures peuvent également préciser l’échange : je/tu/nous nous sentons figé(s) (apeuré(s) au point de ne plus sentir), téméraire(s) (bravache(s) au point de miser vigoureusement), optimiseur(s) (au point de paralyser l'audace), aventureux (au point d'oublier de revenir)... Une bonne manière de parler action, exploration, risque et responsabilité. D'ailleurs, de quelle manière est-ce que j'aime prendre des risques?... Comment parler de nos préférences, appétits et inquiétudes dans la transformation?... Que nous est-il demandé pour faciliter, rassurer, provoquer, encadrer la prise de risque qu'elle entraîne pour chacun?... Bienvenue aux palpitations!...

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(*) Ce référentiel, initialement proposé par le prospectiviste Michel Godet, a ensuite été affiné par Philippe Gabillet.

Parler de risque, c’est considérer aussi la responsabilité associée. Pour peu que je sois sensible à l’individu autant qu’au collectif, le regard devient vite systémique dans l’action de transformation, pour considérer les effets sur soi autant que les réactions en retour. La co-responsabilité s’en suit: partie prenante d’un système, mes pensées, paroles et actions suscitent des effets qui génèrent d’autres choses. Prendre sa part dans l’action, rien que sa part mais toute sa part, devient le sens de parties prenantes plus matures, aptes à changer radicalement le cours de leur histoire, en considérant l’action autant que ses effets.

Et aussi: regard, repère, rebond, réciprocité, routine, résultat, rien, rire..